Un monde complexe

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Un monde complexe

Je poursuis donc ma réflexion sur la position que le croyant devrait adopter face « au monde », face à la société. (Lisez ma petite introduction pour plus de détails…)

Dans mon billet précédent, j’ai parlé de ce que j’ai retenu du livre Christ and Culture (« Christ et la culture ») de Richard Niebuhr. (1) (Voir Des fragments de foi.) La suite tout indiquée est de jeter un coup d’œil au livre Christ and Culture Revisited (« Réexaminons “Christ et la culture” ») de Don Carson. (2)

En général, j’aime beaucoup lire les ouvrages de Carson. Mais cette fois-ci, même après avoir lu le livre deux fois, j’essaie encore de formuler ce que je dois en retenir d’un point de vue pratique. (D’ailleurs, je suis quelques semaines en retard par rapport à mon calendrier pour la publication de ce billet…) Oui, je le reconnais : la réflexion de Carson se déroule plusieurs crans au-delà de la mienne et il y a beaucoup d’éléments que je suis incapable de suivre. Cependant, je réussis habituellement à synthétiser quelques idées… mais pas cette fois, ou du moins pas encore… J’espère que le fait d’écrire ce billet m’aidera dans le processus.

Une analyse hyperdétaillée

Tout au long des six chapitres, Carson fait une analyse très étendue et approfondie de chacun des sujets abordés.

Les deux premiers chapitres portent sur les cinq positions du modèle de Niebuhr : Carson en fait une présentation et une critique. J’avoue qu’au début, j’ai trouvé Carson sévère à l’égard de Niebuhr. (Probablement parce que quand j’avais lu Niebuhr, son paradigme avait été comme une révélation pour moi : cela m’avait beaucoup aidé dans ma réflexion.) Néanmoins, avec du recul, j’avoue que Carson a tendance à être juste dans son évaluation : la deuxième position (« Christ de la culture ») est très difficile à défendre comme « chrétienne », la cinquième position (« Christ, le transformateur de la culture ») manque d’appuis bibliques, et de façon générale, les appuis bibliques et historiques des diverses positions sont plutôt subjectifs.

Au deuxième chapitre, Carson introduit aussi ses « non-négociables de la théologie biblique », c’est-à-dire les thèmes bibliques qui, selon lui, sont indispensables pour que la réflexion entamée soit conforme aux Écritures. Il s’agit de la création et de la chute, d’Israël et de la Loi, de Christ et de la Nouvelle alliance, et « d’un ciel à gagner et d’un enfer à craindre ». (Personnellement, je ne vois pas nécessairement la pertinence d’avoir Israël et la Loi dans cette énumération, mais cela relève d’une tout autre discussion.)

Au troisième chapitre, l’auteur cherche à préciser la compréhension que l’on a de la « culture » en abordant diverses questions, puis introduit le thème du postmodernisme à la discussion. Cette discussion est nécessaire, en considérant l’époque où nous nous trouvons, mais l’analyse qui est faite, autant de la culture que du postmodernisme, me semble excessive. (Je l’avoue : j’ai décroché souvent dans ce chapitre…)

Au quatrième chapitre, Carson décrit quatre concepts qui façonnent notre vision du monde et qui peuvent être trompeurs quant à notre recherche de la volonté de Dieu : « la séduction de la sécularisation, le mystique de la démocratie, l’adoration de la liberté, et la soif du pouvoir ». Ces concepts sont des valeurs importantes de la société et y apportent bien des bénéfices, mais ils ont aussi des effets pervers.

« Dans chaque cas, on a à faire avec quelque chose qui peut être une force énorme pour le bien, si elle est fermement imbriquée dans la structure normative de la trame et des priorités de la Bible, mais laquelle peut aussi être autant dangereuse qu’idolâtre lorsqu’elle revêt une valeur indépendante et construit un cadre de référence en violation directe avec les normes des Écritures. » (italique de l’auteur; 3)

Au cinquième chapitre, Carson cherche à clarifier différentes questions entourant le thème de « l’Église et l’état », afin de démontrer le fait que « choisir [simplement] un des modèles de Niebuhr est un exercice de réductionnisme » (4).

Finalement, au dernier chapitre, le but de l’auteur est…

« de faire un survol d’une poignée de traitements communs de “Christ et la culture”, de montrer pourquoi aucun d’entre eux, même le plus perspicace, ne devrait contrôler la discussion, puis de retourner à une approche détaillée qui permet beaucoup de variation dans ce qui est mis en relief. » (5)

Ces « traitements communs » sont intitulés l’option fondamentaliste, Luther et ses héritiers, Abraham Kuyper, des attentes minimalistes, les perspectives post-chrétienté et la persécution. (Carson termine cette dernière section avec cette déclaration intéressante : « Voici le point majeur à noter : choisir parmi des paradigmes entiers quant à ce que, selon nous, doit être la relation entre Christ et la culture […] est un luxe réservé à ceux qui en ont l’option. Ceux parmi nous qui vivent dans une sécurité relative doivent apprendre cette leçon avec humilité. » [Gras et italique de ma part; 6])

En conclusion, Carson invite le lecteur à « poursuivre avec passion l’entièreté robuste et nourrissante de la théologie biblique comme la matrice qui contrôle notre réflexion sur les relations entre Christ et la culture », ce qui nous permettra d’être plus flexibles dans notre action. (7)

Ce que j’en retiens…

La lecture du livre me laisse avec deux impressions…

La première est une image qui me vient en tête : c’est un peu comme si j’avais passé plusieurs heures à étudier à la loupe l’écorce de l’arbre proverbial qui cache la forêt… J’ai été entrainé dans une analyse tellement détaillée de la question que je ne réussis plus à m’y retrouver.

Et deuxièmement, j’ai l’impression que si je demandais à Carson : « Alors, quelle doit être la position du croyant face au monde? », il me répondrait : « Eh bien, faisons une étude biblique sur le sujet! » J’aurais préféré qu’il partage simplement avec moi ses conclusions pour m’éclairer…

Bon… rappelez-vous : ce ne sont que des impressions. Le fait est que je n’ai peut-être pas compris du tout ce que Carson disait. C’est très possible.

J’avoue que je ne sais pas trop quoi retenir de ce livre de Carson, si ce n’est que le monde s’est complexifié beaucoup depuis que Niebuhr a écrit le sien. J’ai l’impression de le comprendre de moins en moins, ce monde dans lequel je vis. Raison de plus pour m’appuyer davantage sur la direction du Saint-Esprit pour y naviguer.

Finalement, il y a ce verset qui me vient en tête :

« On te l’a enseigné, ô homme, ce qui est bien
et ce que l’Éternel attend de toi :
c’est que tu te conduises avec droiture,
que tu prennes plaisir à témoigner de la bonté
et qu’avec vigilance tu vives pour ton Dieu. » (8)

 


 

Père, par ton Esprit,
donne-moi la sagesse
de toujours discerner tes voies
en toutes circonstances,
et donne-moi le courage
de toujours me conduire avec droiture
et de prendre plaisir à témoigner de la bonté
autour de moi.

Fraternellement en Jésus,

 

Éléazar, le moine belliqueux
_______________
Tous les passages bibliques cités sont tirés de La Bible du Semeur (Colorado Springs : Biblica, 2000).

(1) H. Richard Niebuhr, Christ and Culture (New York, NY : Harper & Row Publishers; 1951).
(2) D. A. Carson, Christ and Culture Revisited (Grand Rapids, MI : Wm. B. Eerdmans Publishing Co.; 2008).
(3) « In each case, we are dealing with something that can be an enormous force for good, if firmly embedded within the normative structure of the Bible’s story line and priorities, but which can be both dangerous and idolatrous when it assumes independent value and constructs a frame of reference in flat contravention of Scripture’s norms. » Ibidem, p. 207. (Ma traduction)
(4) Ibidem, p. 145.
(5) « My aim here is to survey a handful of common treatments of Christ and culture, to show why none of them, even the most insightful, should be allowed to control the discussion, and then to return to a comprehensive approach that allows a great deal of variation in emphasis. » Ibidem, p. 207-208. (Ma traduction)
(6) « The chief point to observe is that choices of entire paradigms as to what we think the relationship between Christ an culture ought to be […] is a luxury reserved for those who have options. Those of us who live in relative security must learn this lesson in humility. » Ibidem, p. 224. (Ma traduction)
(7) « To pursue with a passion the robust and nourishing wholeness of biblical theology as the controlling matrix for our reflection on the relations between Christ and culture will, ironically, help us to be far more flexible than the inflexible grids that are often made to stand in the Bible’s place. » Ibidem, p. 227-228.
(8) Livre du prophète Michée, chapitre 6, verset 8.

 

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