Je crois en Dieu

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Mon crédo personnel

Je crois… en Dieu

théisme : doctrine qui affirme l’existence de Dieu.

athéisme : doctrine de l’athée, selon laquelle Dieu n’existe pas.

humanisme : un système de croyances qui souligne l’idée que la nature humaine est bonne et qu’on peut résoudre les problèmes par la raison humaine, ses valeurs, son mérite, etc. (1)

Je crois en Dieu.

Je « considère l’existence de [Dieu] comme vraie », pour reprendre la définition du mot croire de mon dictionnaire. (1)

Toutefois, j’admets que le fait de croire ne détermine pas la réalité de l’existence de Dieu. Dieu existe, ou pas, indépendamment de mon acte de foi en son existence, ou de celui de mon voisin athée en son inexistence.

Alors, sur quelles bases l’un considère l’existence de Dieu comme vraie, et l’autre son inexistence?

Les deux ne peuvent avoir raison.

Je n’aime pas beaucoup les batailles d’arguments. « Avoir raison » est un but qui pousse dangereusement vers l’orgueil. Mais ici, la question s’avère importante, fondamentale même, et le but du débat n’est pas d’avoir raison, mais bien de savoir ce qui est vrai.

Mais encore, le débat n’est pas récent. Il a toujours été. Et la question ne peut être tranchée par le gouvernement ou l’ONU pour l’ensemble de la population. Non, chacun et chacune doit trouver la réponse pour lui-même et pour elle-même.

Alors, moi, qu’ai-je à dire sur la question? Sur quelles bases puis-je faire la déclaration : je crois en Dieu?…

Arguments et débats?

J’avoue que cela fait plusieurs semaines, plusieurs mois même, que je réfléchis à la question.

En fait, il y a une partie de moi qui ne veut pas se poser la question. J’ai l’impression que j’ai toujours cru en Dieu et j’étais confortable avec ce sentiment. Avant, je justifiais la chose théologiquement avec l’élection : Dieu m’avait élu pour être son enfant, alors je n’avais pas le choix de croire en lui. Mais je veux me distancer un peu de cette doctrine (et j’en expliquerai les raisons ultérieurement), alors je dois essayer d’identifier les raisons de ma foi en Dieu.

J’ai donc fouillé dans mes livres de théologie systématique. On y parlait de l’argument cosmologique — « toute chose ayant un début doit avoir une cause adéquate… » —, de l’argument téléologique — « l’ordre et l’arrangement utile d’un système impliquent intelligence et but dans la cause organisatrice… » —, de l’argument ontologique — « tout homme a, de façon intuitive, l’idée de Dieu… » —, de l’argument moral — « tout homme a un sens du devoir, de ce qui est bien ou mal… » — et de l’argument de la congruité — « le postulat qui explique le mieux les faits reliés est probablement vrai… ». (2)

J’avoue que le discours, froid et très théorique, ne m’a pas rejoint. J’aime l’abstraction, mais seulement jusqu’à un certain point. Je ne suis pas capable, intellectuellement, de suivre une argumentation dans laquelle je ne vois pas d’attaches pratiques.

Alors j’ai lu le livre Why God Won’t Go Away: Engaging with the New Atheism (« Pourquoi Dieu ne s’en ira pas : engager le débat avec le nouvel athéisme ») d’Alister McGrath. (3) C’est un ouvrage qui décrit comment et pourquoi l’athéisme a été poussé à l’avant-plan depuis les vingt ou trente dernières années par des gens comme Sam Harris, Richard Dawkins, Daniel Dennett et Christopher Hitchens. Selon McGrath, ce nouvel athéisme repose sur trois thèmes centraux : cette position dit d’abord que la religion a une inclination naturelle vers la violence; ensuite, que la foi est fondamentalement irrationnelle; et finalement, que les preuves que la science fournit forment la seule base sur laquelle on peut raisonnablement s’appuyer.

J’ai trouvé ce livre très instructif. J’avais entendu le nom des « Quatre Chevaliers de l’athéisme » (4), mais comme je n’aime pas ce genre de débats, je n’avais aucune idée des arguments utilisés de part et d’autre. Toutefois, je n’ai pas été convaincu… par un côté ou l’autre. Il me semble que le camp de l’athéisme est en réaction davantage contre la religion que contre Dieu lui-même, et qu’il s’est simplement donné d’autres dieux : l’Humanité et la Science. Quant au camp de la foi en Dieu, il répond correctement aux arguments du premier, mais il ne démontre pas catégoriquement sa position. (Le peut-on, en fait?)

Le témoignage de C.S. Lewis

Puis, je suis retourné à un classique : Mere Christianity de C.S. Lewis, sur le marché en français sous le titre « Les fondements du christianisme ». (5)

À l’origine, le contenu du livre a été diffusé lors d’émissions radiophoniques, au début des années 40. J’aime le style chaleureux et terre-à-terre de Lewis. Il me donne l’impression que la compréhension du problème et de sa réponse m’est accessible.

Il avait été lui-même athée. « Ma dispute contre Dieu, dit-il, était que l’univers semblait tellement cruel et injuste. Mais comment ai-je eu cette idée de juste et d’injuste? » (6) Voici ce que j’ai compris de son raisonnement…

  • « On ne peut dire qu’une ligne est crochue à moins d’avoir une certaine idée d’une ligne droite… » Les hommes et les femmes ont tous intuitivement une idée de ce que sont la justice et la vérité, et même la bonté et la beauté. Les standards qui permettent de mesurer ces concepts peuvent varier d’une culture à l’autre. (Quelque chose de « juste » ou de « beau » chez un peuple peut être considéré comme « injuste » ou « laid » chez un autre.) On peut même les apprendre en grandissant dans telle ou telle culture. Mais le fait est que les concepts eux-mêmes existent.
  • « Un homme se sent mouillé lorsqu’il tombe à l’eau, parce qu’il n’est pas un animal aquatique, mais un poisson ne se sent pas mouillé… » Un poisson vit dans l’eau. Pour lui, le concept « d’être mouillé » ne fait pas de sens, car à l’intérieur du système aquatique dont il fait partie, tout baigne dans l’eau. Le concept « d’être mouillé » ne fait pas partie de ce système.

« Si l’univers entier n’avait pas de sens, nous ne devrions jamais avoir découvert qu’il n’a pas de sens : de même que s’il n’y avait pas de lumière dans l’univers et en conséquence aucune créature avec des yeux, nous ne devrions jamais savoir que l’univers est dans les ténèbres. Les ténèbres serait un concept sans signification. » (7)

« Quel est le problème? Un univers qui contient beaucoup de ce qui, de toute évidence, est mauvais et apparemment dénué de sens, mais qui contient aussi des créatures comme nous qui savent que c’est mauvais et dénué de sens. […] [Selon le point de vue du christianisme,] c’est un monde bon qui a viré mauvais, mais qui garde le souvenir de ce qu’il devrait avoir été. » (8)

Garder le souvenir de ce qui devrait avoir été…

Une image résiduelle

« Et Dieu dit : Faisons les hommes pour qu’ils soient notre image, ceux qui nous ressemblent. […] Dieu créa les hommes pour qu’ils soient son image, oui, il les créa pour qu’ils soient l’image de Dieu. Il les créa homme et femme. » (9)

Dieu est parfait en justice et en vérité, en bonté et en beauté. Nous avons été faits à son image et malgré la chute, nous portons toujours comme une image résiduelle de cette justice et de cette vérité, de cette bonté et de cette beauté. Nous y aspirons et nous nous créons des standards pour mesurer notre environnement selon cette justice et cette vérité, cette bonté et cette beauté. C’est à cause de cette image résiduelle que nous pouvons dire que quelque chose est juste ou injuste, bon ou mauvais.

Pour moi, cela témoigne de l’existence de Dieu.

Oui, je l’avoue : pour plusieurs, la démonstration demeure incomplète et non concluante. Mais pour moi, elle est suffisante.

Et en fait, on peut se demander si on peut vraiment en faire la démonstration… La question ne va-t-elle pas au-delà de la raison?

Au-delà de la raison?

« S’il vous déplaît de servir l’Éternel, alors choisissez aujourd’hui à quels dieux vous voulez rendre un culte : ceux que vos ancêtres adoraient de l’autre côté de l’Euphrate ou ceux des Amoréens dont vous habitez le pays; quant à moi et à ma famille, nous adorerons l’Éternel. » (10)

Plusieurs siècles avant Jésus-Christ, c’est le choix que Josué, le conquérant de la Terre promise, a mis devant le peuple d’Israël. Chose intéressante : la question n’était pas de savoir en qui l’on allait croire, mais bien qui l’on allait servir. Je pense que la question se pose encore aujourd’hui. Et c’est probablement là où le bât blesse pour notre société post-moderne.

Croire en un dieu, quel qu’il soit, c’est se mettre à son service. Lorsqu’on ne veut pas servir un dieu, on s’en choisit un autre. Notre société a rejeté le Dieu du christianisme parce qu’elle ne voulait plus le servir, pour différentes raisons. Elle préfère servir le dieu de l’Humanisme et de la Science.

En parlant des premiers mots du Symbole des apôtres — « Je crois » —, Karl Barth va même jusqu’à dire : « Celui qui croit en Dieu dans le sens du Symbole se tient sous les ordres de Dieu. » (11) Et en y pensant bien, c’est vrai de tout dieu en qui ou en quoi l’on croit, qu’on le professe ouvertement ou non. On se met au service du dieu que l’on choisit, on doit lui obéir.

Alors quant à moi, à l’instar de Josué, je choisis de servir l’Éternel. Je crois en Dieu.

 

Fraternellement en Jésus,

 

Éléazar, le moine belliqueux
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Tous les passages bibliques cités sont tirés de La Bible du Semeur (Colorado Springs : Biblica, 2000).

(1) Logiciel Antidote 10 v4.1 pour macOS, Druide informatique inc., juillet 2020. Curieusement, la définition de l’humanisme du côté anglophone était plus à propos : « a system of belief that emphasizes the idea that human nature is good and that problems can be solved through human reason, values, worth, etc. rather than religion. »
(2) Selon, par exemple, Henry Clarence Thiessen et Vernon D. Doerksen, Lectures in systematic theology (Grand Rapids, MI; Cambridge: William B. Eerdmans Publishing Company, 1979), p. 27 à 31.
(3) Alister McGrath. Why God Won’t Go Away: Engaging with the New Atheism (Londres : SPCK, 2011).
(4) Ibidem, p. 3; une allusion aux quatre chevaliers de l’Apocalypse (chapitre 6, versets 1 à 8).
(5) C.S. Lewis, « Mere Christianity » dans The Theology of C.S. Lewis—12 Books Collection. Livre électronique. E-artnow, 2e édition, 2016. 1376 pages. Ce livre est disponible en français (« Les fondements du christianisme »; Éditions LLB, Valence [France], 2013; 232 pages), mais je l’ai lu en anglais.
(6) « My argument against God was that the universe seemed so cruel and unjust. But how had I got this idea of just and unjust? » Mere Christianity, op. cit., p. 726. (Ma traduction.)
(7) « If the whole universe has no meaning, we should never have found out that it has no meaning: just as, if there were no light in the universe and therefore no creatures with eyes, we should never know it was dark. Dark would be a word without meaning. » Ibidem. (Ma traduction.)
(8) « What is the problem? A universe that contains much that is obviously bad and apparently meaningless, but containing creatures like ourselves who know that it is bad and meaningless. There are only two views that face all the facts. One is the Christian view that this is a good world that has gone wrong, but still retains the memory of what it ought to have been. The other is the view called Dualism. » Ibidem, p. 729. (Ma traduction.) J’ai volontairement laissé de côté la question du dualisme pour ne pas partir dans une autre direction.
(9) Livre de la Genèse, chapitre 1, versets 26 et 27.
(10) Livre de Josué, chapitre 24, verset 15.
(11) « He who believes in God in the sense of the symbol stands under God’s commands. » Karl Barth, Credo (Eugene, OR: Wipf & Stock Publishers, 2005), page 17.

 

 

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