Entretien du coeur

Bannière - MB - L'entretien du coeur

Le Notre Père — 4e partie

L’entretien du cœur — Matthieu 6.12-13

Note : à moins d’indications, tous les versets cités sont tirés de la Bible du Semeur
(Colorado Springs : Biblica, 2000).

J’imagine que la plupart d’entre vous ont une automobile ou en utilisent une. Pour certains, ce peut être une passion et un loisir; pour d’autres, comme moi, c’est purement utilitaire — c’est un moyen de transport pour mener du point A au point B.

Quelle que soit la raison pour laquelle vous possédez une automobile, vous devez en faire l’entretien, et cet entretien implique deux variables : l’esthétique (l’apparence) et la mécanique (le bon fonctionnement sécuritaire). Pour certains, l’apparence sera super-importante, mais ils garderont les réparations mécaniques au minimum. Pour d’autres, l’entretien préventif sera fait scrupuleusement pour maintenir de bonnes performances, éviter les bris et assurer le fonctionnement sécuritaire du véhicule, mais l’apparence sera secondaire. Évidemment, on peut aussi imaginer plein d’autres scénarios où l’esthétique et la mécanique varient en importance.

Pour ma part, j’essaie de faire faire l’entretien de base de façon régulière (changement d’huile et tout ça) et je compte sur mon mécano pour me dire s’il y a des réparations à faire. S’il n’en tenait qu’à moi, l’esthétique serait plus ou moins important, mais… mon épouse à son mot à dire dans ce domaine.

Bon… mon but en vous parlant d’automobiles n’est pas d’établir votre profil en ce qui touche l’entretien mécanique de votre véhicule, mais bien de transposer ce concept d’entretien — ou de « maintenance », comme on dit au Québec — dans votre vie spirituelle et de vous faire réfléchir un peu. Car on doit aussi faire « l’entretien régulier » de son cœur! On peut se contenter de l’esthétique — des apparences — mais il est bien plus important de s’assurer qu’il n’y a pas de bris à réparer et que le moteur tourne bien.

Or dans le texte que nous étudierons dans ce billet, le Seigneur Jésus nous exhorte à faire « l’entretien régulier » de notre cœur en priant Dieu, pour recevoir le pardon de nos torts, pour avoir la force de résister à la tentation et pour recevoir la délivrance face au diable.

Depuis le début du mois, nous étudions le contenu de la prière que l’on appelle le Notre Père, telle qu’elle nous a été transmise dans l’Évangile selon l’apôtre Matthieu. Plus tôt, nos pasteurs ont traité de la première partie, laquelle nous parle d’adoration et de louange :

« Notre Père,
toi qui es dans les cieux,
que tu sois reconnu pour Dieu,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite,
et tout cela, sur la terre comme au ciel. » (Matthieu 6.9-10)

La semaine dernière, on a entamé la deuxième partie, laquelle énumère des requêtes à présenter à Dieu :

« Donne-nous aujourd’hui
le pain dont nous avons besoin,
pardonne-nous nos torts envers toi
comme nous pardonnons nous-mêmes
les torts des autres envers nous.
Garde-nous de céder à la tentation,
et surtout, délivre-nous du diable. » (v. 11-13)

On a déjà traité de la première requête — « donne -nous le pain dont nous avons besoin » — et dans ce billet, nous étudierons les deux dernières, ce qui complètera la prière.

Ces deux dernières requêtes comportent certaines difficultés. Alors pour donner certaines limites à notre réflexion, j’aimerais vous rappeler quelques éléments du contexte dans lequel se retrouve cet enseignement du Seigneur Jésus.

Un contexte sommaire

Dans le cadre littéraire de l’ensemble de l’Évangile selon Matthieu, le Notre Père se retrouve dans un bloc d’enseignement que les théologiens appellent le Sermon sur la montagne. C’est probablement un sous-titre que vous avez dans votre bible juste avant le début du chapitre 5. Ce discours s’étend jusqu’à la fin du chapitre 7.

Dans l’ensemble de ce discours, Jésus décrit l’éthique ou le comportement du disciple dans le Royaume de Dieu, et il fait souvent une comparaison avec l’éthique ou le comportement d’un Juif religieux qui cherche à obéir à la Loi. Par exemple, Jésus dit fréquemment : « Vous avez appris qu’il a été dit à nos ancêtres… Eh bien, moi, je vous dis… » (5.21-22, 27-28, 31-32, 33-34, 38-39, 43-44)

Dans cette même ligne de pensée, au début du chapitre 6, Jésus dit : « Prenez garde de ne pas accomplir devant les hommes, pour vous faire remarquer par eux, ce que vous faites pour obéir à Dieu… » (6.1) La piété — ou la façon dont on manifeste notre attachement à Dieu — n’est pas quelque chose que l’on publie sur les réseaux sociaux; l’exercice de la piété est une affaire privée, entre chacun de nous et notre Père céleste.

Jésus applique cette déclaration aux « trois piliers de la piété juive » : l’aumône, la prière et le jeûne (1). Ce sont les trois choses qu’un « bon Juif » pratique de façon régulière.

Ainsi, pour l’aumône, il précise : « Lorsque tu donnes quelque chose aux pauvres, ne le claironne pas partout. Ce sont les hypocrites qui agissent ainsi […] Quant à toi, si tu veux donner quelque chose aux pauvres, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta main droite. » (6.2-3)

Pour le jeûne, il ajoute : « N’ayez pas, comme les hypocrites, une mine triste. Pour bien montrer à tout le monde qu’ils jeûnent, ils prennent des visages défaits. […] Toi, au contraire, si tu veux jeûner, parfume tes cheveux et lave ton visage pour que personne ne se rende compte que tu es en train de jeûner. » (6.16-18)

Et pour la prière, Jésus dit :

« Quand vous priez, n’imitez pas ces hypocrites qui aiment à faire leurs prières debout dans les synagogues et à l’angle des rues : ils tiennent à être remarqués par tout le monde. […] Mais toi, quand tu veux prier, va dans ta pièce la plus retirée, verrouille ta porte et adresse ta prière à ton Père qui est là dans le lieu secret. […]
Dans vos prières, ne rabâchez pas des tas de paroles, à la manière des païens; ils s’imaginent qu’à force de paroles Dieu les entendra. Ne les imitez pas, car votre Père sait ce qu’il vous faut, avant que vous le lui demandiez.
Priez donc ainsi… » (6.5-9)

Et c’est ici que se trouve le texte qui nous intéresse, le Notre Père. Jésus donne donc à ses disciples un modèle de prière. Ce ne sont pas nécessairement des paroles à répéter telles quelles — quoique la chose n’est pas exclue — mais bien un exemple « pour guider les disciples dans leur vie dévotionnelle » (2).

Finalement, il faut être conscient que l’esprit de cette prière implique certaines caractéristiques importantes du cœur du disciple, notamment :

  • La dépendance : En faisant appel à Dieu comme Père et en élevant son nom, son règne et sa volonté, le disciple reconnaît sa position de serviteur par rapport à Dieu, auquel il se soumet; il reconnaît qu’il dépend quotidiennement de lui pour recevoir ce dont il a besoin (v. 11), le pardon (v. 12) et la protection spirituelle (v.13);
  • L’obéissance : En disant des paroles comme « que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » (v.10), le disciple ne peut pas, en toute bonne conscience, soustraire sa propre vie au domaine où la volonté de Dieu doit se réaliser; du même coup, il se soumet lui-même à cette volonté et s’engage à y obéir;
  • La collaboration : la piété — l’attachement à Dieu — n’est pas quelque chose de passif, mais de bien actif; l’apôtre Jacques a dit : « Mes frères, à quoi servirait-il à un homme de dire qu’il a la foi s’il ne le démontre pas par ses actes? […] Montre-moi ta foi sans les actes, et je te montrerai ma foi par mes actes. » (Jacques 2.14, 18); même si le disciple reconnaît sa dépendance de Dieu, comme nous le verrons, la réalisation de l’œuvre de Dieu dans le cœur du disciple implique un engagement actif du disciple dans cette œuvre de sanctification.

C’est donc dans ce contexte que le Seigneur Jésus nous exhorte à faire « l’entretien régulier » de notre cœur en priant Dieu, d’abord pour recevoir le pardon de nos torts.

« Pardonne-nous nos torts envers toi
comme nous pardonnons nous-mêmes
les torts des autres envers nous. » (Matthieu 6.12)

Ici, les versions qui cherchent à être plus littérales disent, par exemple : « Remets-nous nos dettes, comme nous aussi nous l’avons fait pour nos débiteurs » (3). La dette — quelque chose que l’on doit à quelqu’un — est ici une métaphore, ou une image, pour une offense — une injure qui blesse quelqu’un dans sa dignité — ou un tort — un préjudice causé à quelqu’un. (4) Cette image nous rappelle que nous devons à Dieu notre obéissance (5).

Ce verset présente une difficulté : il semble dire que le pardon que nous recevrons de Dieu est conditionnel — qu’il dépendra ou sera mesuré sur la base du pardon que nous donnons aux autres.

Cette idée semble appuyée par d’autres versets de l’Évangile selon Matthieu :

  • Plus tôt dans le Sermon sur la montagne, Jésus a dit : « Si donc, au moment de présenter ton offrande devant l’autel, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère; puis tu reviendras présenter ton offrande. » (5.23-24)
  • Tout de suite après le Notre Père, Jésus ajoute : « En effet, si vous pardonnez aux autres leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos fautes. » (6.14-15)
  • Un peu plus loin, il dit : « Ne condamnez pas les autres, pour ne pas être vous-mêmes condamnés. Car vous serez condamnés vous-mêmes de la manière dont vous aurez condamné, et on vous appliquera la mesure dont vous vous serez servis pour mesurer les autres. » (7.1-2)
  • Sans compter la parabole du serviteur ingrat (18.23-35) que Jésus conclut en disant : « Voilà comment mon Père céleste vous traitera, vous aussi, si chacun de vous ne pardonne pas du fond du cœur à son frère. »

Le pardon que je reçois de Dieu est-il conditionnel à celui que je donne aux autres? En un sens, oui.

En fait, ma disposition à pardonner aux autres est un reflet de ma compréhension du pardon de Dieu à mon égard, ainsi que de l’état de mon cœur lorsque je m’approche de Dieu pour demander pardon. Je ne peux pas exiger de Dieu son pardon parce que moi-même je pardonne… c’est de l’orgueil et de l’arrogance. Je ne peux pas non plus feindre l’humilité en demandant à Dieu son pardon, tout en sachant que moi-même je ne pardonne pas à mon prochain… c’est de l’hypocrisie.

C’est seulement dans la mesure où je comprends que je dépends de Dieu pour sa grâce et son pardon; que je lui dois obéissance, mais je faillis si souvent; dans la mesure où je me repens humblement; c’est seulement dans cette mesure que je peux d’un côté pardonner à mon prochain, et de l’autre, dire honnêtement à Dieu : « Pardonne-moi mes torts envers toi comme je pardonne moi-même les torts des autres envers moi. » Et c’est à ce moment que je collabore avec Dieu à l’avancement de son Royaume.

D.A. Carson cite le théologien C.F.D. Moule qui insiste à distinguer…

« entre d’une part, gagner ou mériter le pardon, et d’autre part, adopter une attitude qui rend le pardon possible — la distinction, en fait, entre le mérite et la capacité… La vraie repentance, en comparaison avec un simple remords égocentrique, est certainement un prérequis incontournable pour recevoir le pardon — une condition indispensable. » (6)

Alors, et vous?… À quand remonte votre dernier « entretien spirituel » en ce qui touche le pardon?…

À quand la dernière fois où vous avez demandé pardon à Dieu?…

« Car quel est l’homme [ou la femme] qui ne commet jamais de péché? » a dit le roi Salomon. (1 Rois 8.46) Et l’apôtre Jean nous rappelle :

« Mes chers enfants, je vous écris ceci afin que vous ne péchiez pas. Si, toutefois, il arrivait à quelqu’un de commettre un péché, nous avons un Défenseur auprès du Père : Jésus-Christ le juste. Car il a apaisé la colère de Dieu contre nous en s’offrant pour nos péchés — et pas seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier. » (1 Jean 2.1-2)

Vous pouvez vous approcher de Dieu librement, pour lui demander pardon, grâce à l’œuvre de Jésus.

Et y a-t-il quelqu’un à qui vous devez pardonner?…

L’auteur de l’Épître aux Hébreux nous rappelle :

« Faites tous vos efforts pour être en paix avec tout le monde et pour mener une vie de plus en plus sainte […] Veillez à ce que personne ne passe à côté de la grâce de Dieu, qu’aucune racine d’amertume ne pousse et ne cause du trouble en empoisonnant plusieurs d’entre vous. » (Hébreux 12.14-15)

Êtes-vous en train de laisser pousser l’amertume dans votre cœur? Êtes-vous en train de passer à côté de la grâce de Dieu, parce que vous ne pardonnez pas à quelqu’un?…

(Je comprends qu’il y a des situations où l’offenseur a laissé des blessures tellement profondes que simplement l’idée de devoir lui pardonner fait mal. Je ne veux pas minimiser ou mépriser ces cas. Le pardon peut être un long processus. Et la bonne nouvelle est que le Seigneur Jésus, par son Esprit, nous accompagne dans ce processus. Il s’agit d’être ouvert à ce que Jésus nous demande. Si vous luttez avec cet aspect et vous avez besoin de soutien, n’hésitez pas à contacter un membre de votre équipe pastorale.)

Le Seigneur Jésus nous exhorte à faire « l’entretien régulier » de notre cœur en priant Dieu, pour recevoir le pardon de nos torts, et aussi pour avoir la force de résister à la tentation et recevoir la délivrance face au diable.

« Garde-nous de céder à la tentation,
et surtout, délivre-nous du diable. » (Matthieu 6.13)

Le verset 12 offre une solution aux péchés que nous avons déjà commis. (C’est un peu comme faire la réparation de ce qui est brisé sur l’automobile.)

Le verset 13, lui, s’adresse aux péchés que nous pourrions commettre. (C’est l’entretien préventif, pour éviter les dommages.)

Ici aussi, nous rencontrons une difficulté…

Peut-être êtes-vous comme moi : la version du Notre Père que j’ai apprise par cœur quand j’étais jeune disait : « Ne nous soumets pas à la tentation… », comme si Dieu était responsable de la tentation. D’autres versions disent : « Ne nous induis pas en tentation… » (7). Induire signifie entrainer à faire quelque chose, donc induire en tentation signifie entrainer à être tenté.

Comment réconcilier le fait de prier Dieu de ne pas nous entrainer à être tentés, avec ce que dit l’apôtre Jacques : « Que personne, devant la tentation, ne dise : “C’est Dieu qui me tente.” Car Dieu ne peut pas être tenté par le mal et il ne tente lui-même personne. » (Jacques 1.13) En priant le Notre Père, est-on en train de demander à Dieu de ne pas nous tenter?

D’abord, notons qu’au chapitre 4 de l’Évangile selon Matthieu, « l’Esprit saint conduisit Jésus dans le désert pour qu’il y soit tenté par le diable. » (4.1) Plus tard, dans le jardin avant d’être capturé, Jésus dira à ses disciples : « Veillez et priez, pour ne pas céder à la tentation. L’esprit de l’homme est plein de bonne volonté, mais la nature humaine est bien faible. » (26.41)

Tenter quelqu’un, c’est inciter cette personne à faire un acte répréhensible. Comme le dit l’apôtre Jacques, Dieu ne fait pas cela. Ça, c’est plutôt ce que fait le diable, depuis le commencement (voir Genèse 3).

Lorsqu’une tentation survient, c’est comme un test pour notre cœur. D’une part, Satan espère que nous céderons à la tentation, que nous échouerons au test. L’apôtre Jacques décrit ce qui se produit alors dans notre cœur :

« Lorsque nous sommes tentés, ce sont les mauvais désirs que nous portons en nous qui nous attirent et nous séduisent, puis le mauvais désir conçoit et donne naissance au péché. Et le péché, une fois parvenu à son plein développement, engendre la mort. » (Jacques 1.14-15)

Et si on en vient à pratiquer un péché volontairement et régulièrement, nous donnons « accès au diable », comme le dit l’apôtre Paul (Éphésiens 4.27), nous lui laissons une emprise sur notre cœur. Ce n’est pas une « possession démoniaque ». C’est plutôt comme si, sans lui donner ouvertement l’autorisation d’entrer chez nous, nous laissons la porte arrière débarrée et nous tolérons qu’il vienne squatter le sous-sol. (Satan et ses démons sont des squatteurs, les squatteurs de nos coeurs!)

D’autre part, devant cette même tentation, Dieu espère que nous résisterons, que nous réussirons l’épreuve. Non seulement cela, mais « Dieu est fidèle et il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces. Au moment de la tentation, il préparera le moyen d’en sortir pour que vous puissiez y résister », nous dit l’apôtre Paul. (1 Corinthiens 10.13)

Ainsi, lorsque nous prions : « Garde-nous de céder à la tentation, et surtout, délivre-nous du diable », nous reconnaissons notre fragilité, notre vulnérabilité. Nous admettons notre dépendance de Dieu pour avoir la force de résister, pour trouver ce moyen préparé pour s’en sortir. Nous déclarons notre désir d’obéir à Dieu et notre soumission, et nous nous engageons à collaborer avec lui pour avoir la victoire sur le péché.

Un alcoolique qui cherche à s’en sortir fera des efforts pour éviter les lieux et les gens qui pourraient l’encourager à boire. Mais il sait que de façon toute naturelle, en prenant un repas entre amis, il peut se retrouver devant une bouteille de vin. C’est pour ces occasions qu’il prie : « Garde-moi de céder à la tentation, et surtout, délivre-moi du diable. »

Un homme avec les « yeux vagabonds » qui déshabillent les dames du regard ne passera pas ses journées à la plage avec des jumelles autour du cou. Mais il sait qu’il peut croiser une femme en tenue suggestive simplement en attendant l’autobus. C’est pour ces occasions qu’il prie : « Garde-moi de céder à la tentation, et surtout, délivre-moi du diable. »

Une femme qui a un problème avec la médisance évite de faire ses pauses au travail avec telle ou telle personne, parce qu’elle sait de quoi on va parler. Mais elle sait aussi que toute conversation, avec qui que ce soit, peut tourner à la médisance. C’est pour ces occasions qu’elle prie : « Garde-moi de céder à la tentation, et surtout, délivre-moi du diable. »

Dieu est fidèle! Il « nous a donné tout ce qu’il faut pour vivre dans l’attachement au Seigneur », nous dit l’apôtre Pierre (2 Pierre 1.3), et il nous appelle à mener une vie sainte (voir 2 Timothée 1.9). Il ne tient qu’à nous de collaborer avec lui.

Alors et vous?… À quand remonte votre dernier « entretien préventif » avec le Seigneur?…

Vous savez, ce péché qui vous poursuit… avec lequel vous luttez constamment… ce péché auquel vous pensez à l’instant…

Luttez-vous seul(e), sans l’aide de Dieu?…

Peut-être avez-vous renoncé à lutter, parce que vous ne faisiez aucun progrès… vous n’aviez aucune victoire… Vous préférez pratiquer ce péché en douce… C’est malheureusement une emprise du diable sur votre cœur… Vous avez un squatteur dans le sous-sol!

L’apôtre Jacques vous exhorte : « Soumettez-vous donc à Dieu, résistez au diable, et il fuira loin de vous. Approchez-vous de Dieu, et il s’approchera de vous. » (Jacques 4.7-8)

(Encore une fois, je ne veux pas mépriser les combats infructueux que vous pourriez avoir avec le péché, sous-estimer vos efforts et sursimplifier la solution. Il n’y a pas de super-saints qui vivent au-dessus de toutes tentations et à l’abris de toutes chutes. Nous recevons toute victoire comme une grâce de Dieu. Il y a des combats qui durent toute la vie. Il y a des péchés desquels nous serons débarrassés seulement dans l’éternité. En attendant, nous devons lutter. N’hésitez pas à demander l’aide de Dieu et celle de vos frères & sœurs.)

Le Seigneur Jésus nous exhorte à faire « l’entretien régulier » de notre cœur en priant Dieu, pour recevoir le pardon de nos torts, pour avoir la force de résister à la tentation et pour recevoir la délivrance face au diable.

Voilà, cela complète notre étude du Notre Père.

 


 

Avant de prier pour conclure, j’aimerais vous laisser un mot de témoignage sur mon expérience avec le Notre Père.

Comme tous bons Québécois nés dans les années 60 — au milieu du siècle dernier! —, j’ai grandi dans l’Église catholique romaine. J’ai fait la catéchèse, j’ai reçu les sacrements et j’ai appris par cœur le Notre Père, que j’ai récité des centaines, voire des milliers de fois rapidement sans m’attarder au sens des mots.

Plus tard, quand j’ai compris l’Évangile et que j’ai reçu le salut que Dieu m’offrait sur la base de ce que le Seigneur Jésus avait fait à la croix, j’ai rejeté en bloc toute cette religion qui ne m’avait pas montré le salut, y compris la récitation du Notre Père. La petite église évangélique que je fréquentais favorisait plutôt les prières spontanées, guidées par l’Esprit.

Je dois vous avouer que la prière n’est pas une force de ma vie spirituelle. Je ne suis pas un intercesseur. J’ai de la difficulté à prier. Ce n’est pas naturel chez moi. C’est peut-être parce que j’ai ce qu’on pourrait appeler des « déficiences sociales » : je suis introverti et j’ai de la difficulté à développer et à entretenir des relations. J’entretiens ma relation avec Dieu plutôt au moyen de la contemplation dans la nature et de l’étude de la Bible.

Néanmoins, je considère la prière comme un exercice spirituel à pratiquer et à développer. En général, le moment où je prie, c’est lorsque je marche pour aller attendre l’autobus en allant travailler le matin. Souvent, je n’ai pas la tête à prier, mais pour me forcer à cet exercice, je récite le Notre Père.

En général, je dois le faire deux ou trois fois. La première fois, je le défile rapidement, comme je l’ai appris enfant. Des fois, je suis surpris de la vitesse avec laquelle je l’ai fait et je ne me souviens même pas d’en avoir dit tous les mots.

La deuxième fois, je me force à le faire plus lentement et déjà avant d’avoir atteint la fin, je commence à le paraphraser. La troisième fois, je prie plus librement en utilisant les grandes lignes du Notre Père comme un guide, comme des points de repère.

Connaissez-vous le Notre Père par cœur?… Le récitez-vous à l’occasion?…

Si, comme moi, vous avez de la difficulté à prier, cela peut devenir un outil intéressant pour développer votre piété et pour faire « l’entretien régulier » de votre cœur.

 

Fraternellement,

Le moine belliqueux

_______________

(1) Michael Card, Matthew—The Gospel of Identity, Biblical Imagination Series (Downers Grove, IL : InterVarsity Press, 22013), p. 62.
(2) Leon Morris, The Gospel according to Matthew, The Pillar New Testament Commentary (Grand Rapids, MI; Leicester, England : W.B. Eerdmans; Inter-Varsity Press, 1992), p. 143.
(3) La Nouvelle Bible Segond (Villiers-le-Bel : Société biblique française — Bibli’o, 2002).
(4) R. T. France, The Gospel of Matthew, The New International Commentary on the New Testament (Grand Rapids, MI : Wm. B. Eerdmans Publication Co., 2007), p. 249.
(5) Morris, op. cit., p. 147.
(6) D. A. Carson, « Matthew », in The Expositor’s Bible Commentary: Matthew, Mark, Luke, éd. par Frank E. Gaebelein, vol. 8 (Grand Rapids, MI : Zondervan Publishing House, 1984), p. 172-173; citant C.F.D. Moule, ‘… As we forgive …’ : A Note on the Distinction between Deserts and Capacity in the Understanding of Forgiveness, Donum Gentilicium, éd. E. Bammel et al. (Oxford : Clarendon 1978), p. 71-72.
(7) Nouvelle édition de Genève (Romanel-sur-Lausanne : Société biblique de Genève, 1979).

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *