Vendredi saint_-_Dieu est mort

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Vendredi saint

Dieu est mort : nous l’avons tué!

« Dieu est mort! […] Et c’est nous qui l’avons tué! Comment nous consolerons-nous, nous, les meurtriers des meurtriers? Ce que le monde a possédé jusqu’à présent de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous notre couteau — qui effacera de nous ce sang? Avec quelle eau pourrons-nous nous purifier? » (1)

Je ne connais pas beaucoup Nietzsche et ses écrits. Je ne m’aventurerai donc pas à essayer de commenter ou de faire l’exégèse de ses écrits, de le justifier ou de le condamner.

Néanmoins, je trouve intéressant le passage ci-dessus. C’est un extrait de la parabole de l’insensé, tirée du livre Le gai savoir. C’est dans ce livre que la fameuse phrase « Dieu est mort » est apparue pour la première fois. (2)

Comme je l’ai dit, je ne connais pas la pensée de Nietzsche et ce qu’il a vraiment voulu dire. Mais en réfléchissant au texte que je voulais vous partager pour le Vendredi saint, j’ai pensé à cette fameuse phrase. Et en trouvant cet extrait, ça m’a fait réfléchir encore davantage.

Probablement pas dans la direction où Nietzsche voulait aller, mais tout de même… Ça me fait réfléchir…

 


 

Dernièrement, j’ai lu le livre The Cross from a Distance: Atonement in Mark’s Gospel, de Peter G. Bolt (« La croix à distance : l’expiation dans l’Évangile selon Marc »). (3) J’ai bien aimé les nouvelles perspectives que l’auteur m’a fait découvrir, un peu comme des fenêtres cachées qui permettent de voir l’Évangile selon Marc sous un nouveau jour. Une des choses qui me restent à l’esprit, c’est la façon dont l’humanité et la divinité de Jésus se rencontrent à la croix, du moins dans ma compréhension des choses.

Jésus, l’Homme

J’aime beaucoup l’humanité de Jésus. Elle me réconforte beaucoup. (Et j’avoue que souvent, je suis irrité de voir comment on l’écarte du revers de la main et on se rabat sur sa divinité pour expliquer un passage plus ou moins difficile. Mais peu importe…)

On voit l’humanité de Jésus dans l’Évangile selon Marc.

Notamment, Jésus lui-même s’identifie avec l’expression « Fils de l’homme ». Bien sûr, ce titre a un caractère messianique voulu, sur la base d’un passage du livre du prophète Daniel.

« Je regardai encore dans mes visions nocturnes : Sur les nuées du ciel, je vis venir quelqu’un semblable à un fils d’homme. Il s’avança jusqu’au vieillard âgé de nombreux jours et on le fit approcher devant lui. On lui donna la souveraineté, et la gloire et la royauté, et tous les peuples, toutes les nations, les hommes de toutes les langues lui apportèrent leurs hommages. Sa souveraineté est éternelle, elle ne passera jamais, et quant à son royaume, il ne sera jamais détruit. » (4)

Mais à la base, l’appellation Fils de l’homme « le définit comme le représentant type de l’humanité, le “dernier Adam”, le “second homme” venu du ciel tandis que le premier était de la terre (1 Corinthiens 15.45, 47), le chef de la nouvelle race sauvée par son sacrifice (Romains 5.12-19) ». (5)

On voit l’humanité de Jésus à la croix.

Il a été envahi de crainte, saisi d’angoisse, rempli de tristesse. (6) On l’a livré entre les mains des pécheurs, saisi, arrêté. (7) On l’a frappé, giflé, fouetté, cloué à la croix. (8) Il a expiré. (9)

Il faut être humain pour mourir. Jésus est venu pour « donner sa vie en rançon pour beaucoup ». (10) Il devait être homme pour racheter la vie des hommes et des femmes. Pour racheter ma vie et la vôtre.

Jésus, le Dieu

L’Évangile selon Marc commence en identifiant Jésus-Christ comme le Fils de Dieu, ce qui est attesté par la voix du Père lors du baptême de Jésus : « Tu es mon Fils bien-aimé, tu fais toute ma joie. » (11)

Tout au long du livre, l’évangéliste cherche à faire découvrir au lecteur que cet homme, qui a le pouvoir de pardonner les péchés et qui est maitre du sabbat (12), est bien plus. Les mauvais esprits, eux, le savent bien. (13)

Les disciples ont fini par le comprendre. Pierre a déclaré : « Tu es le Messie! » (14) Puis, Jésus a commencé à les enseigner sur sa mort prochaine.

On voit la divinité de Jésus à la croix, mais pas là où l’on pense. Elle se révèle, en quelque sorte, dans les moqueries des hommes à son égard.

Le Seigneur Jésus avait dit à ses disciples que l’on se moquerait de lui (15), et cela avait été prophétisé il y a bien longtemps (16).
Dans les faits, quatre groupes se sont moqués de lui : les soldats romains, les passants, les chefs religieux et même ceux qui étaient crucifiés avec lui. (17) Bref… tout le monde. Et que faisaient-ils?

Le Fils de Dieu était venu pour donner sa vie en rançon, mais les chefs religieux l’accusaient de blasphème parce qu’il ne faisait pas les choses selon leur religion. Les Romains le méprisaient et le torturaient parce qu’on doit devenir roi par la force et la conquête militaire. Les Juifs le rejetaient parce qu’ils ne voulaient pas d’un Messie faible qui ne peut se sauver lui-même. Et les brigands se moquaient parce que finalement, il mourrait de la même mort qu’eux. Tu prétends être le Fils de Dieu? Eh bien, sache que ce n’est pas ainsi que les choses doivent être!

« La moquerie exprime tout le péché du monde alors qu’il déverse son mépris sur son Créateur. » (18)

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? »

« Vers trois heures, Jésus cria d’une voix forte : Eli, Eli, lama sabachthani? ce qui signifie : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » (19)

Finalement, quand Jésus a poussé ce cri, son humanité et sa divinité se rencontraient dans un état d’abandon absolu. D’un côté, les hommes et les femmes le rejetaient comme Dieu, et de l’autre, le Père déversait sur l’Homme parfait sa colère contre l’humanité pécheresse.

« Jésus poussa un grand cri et expira.
Alors, le rideau du Temple se déchira en deux, de haut en bas.
Voyant de quelle manière il était mort, l’officier romain, qui se tenait en face de Jésus, dit : Cet homme était vraiment Fils de Dieu! » (20)

 


 

Dieu est mort! Et c’est nous qui l’avons tué!

C’est notre humanité qui l’a tué.

Avec quelle eau pourrons-nous nous purifier?

« Le Fils de l’homme [est venu pour] donner sa vie en rançon pour beaucoup. » (21)

C’est ainsi que ça devait être.
C’est cette eau qui nous purifie.

 

Fraternellement en Jésus,

Éléazar, le moine belliqueux
_______________
Tous les passages cités sont tirés de La Bible du Semeur (Colorado Springs : Biblica, 2000).

(1) Extrait de L’insensé. (Friedrich Nietzsche. Le gai savoir. Traduction de « Die Fröhliche Wissenshaft [La Gaya Scienza] » [édition 1887] par Henri Albert. Édition électronique [ePub] v. 1.0 : Les Échos du Maquis, 2011.)
(2) Dieu est mort (Friedrich Nietzsche). Wikipédia.
(3) The Cross from a Distance: Atonement in Mark’s Gospel, de Peter G. Bolt; édité par D. A. Carson (Vol. 18. New Studies in Biblical Theology. Angleterre; Downers Grove, IL : Apollos; InterVarsity Press, 2004).
(4) Livre du prophète Daniel, chapitre 7, versets 13 et 14; lire à partir du verset 9 pour le contexte. (gras et italique ajoutés)
(5) René Pache, Nouveau dictionnaire biblique (St Légier, Suisse: Éditions Emmaüs, 1992), page 491.
(6) Évangile selon Marc, chapitre 14, versets 33 et 34.
(7) Évangile selon Marc, chapitre 14, versets 41 à 46.
(8) Évangile selon Marc, chapitre 14, verset 65, et chapitre 15, versets 15 et 24.
(9) Évangile selon Marc, chapitre 15, verset 37.
(10) Évangile selon Marc, chapitre 10, verset 45.
(11) Évangile selon Marc, chapitre 1, versets 1 et 11.
(12) Évangile selon Marc chapitre 2, versets 10 et 28 respectivement.
(13) Évangile selon Marc, chapitre 1, verset 34; voir aue 3, versets 11 et 12.
(14) Évangile selon Marc, chapitre 8, verset 29.
(15) Évangile selon Marc, chapitre 10, verset 34.
(16) Par exemple, au Psaume 22, versets 7 à 9; ou 69, versets 20 et 21; ou dans le livre du prophète Ésaïe, chapitre 50, verset 6.
(17) Évangile selon Marc, chapitre 15, versets 16 à 20, 29, 31 et 32, respectivement.
(18) « The mockery expresses the sinfulness of the world as it pours contempt upon the Creator. » Peter G. Bolt, The Cross from a Distance…, page 125.
(19) Évangile selon Marc, chapitre 15, verset 34.
(20) Évangile selon Marc, chapitre 15, versets 37 à 39.
(21) Évangile selon Marc, chapitre 10, verset 45.

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