Vendredi saint Psaume 22

Vendredi saint

Vendredi saint – Psaume 22a

Au chef de chœur. Psaume de David, à chanter sur l’air : « Biche de l’aurore ».

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?
Tu restes loin, tu ne viens pas me secourir malgré toutes mes plaintes.
Mon Dieu, le jour, j’appelle, mais tu ne réponds pas.
La nuit, je crie, sans trouver de repos.

Pourtant, tu es le Saint
qui sièges sur ton trône, au milieu des louanges d’Israël.
En toi déjà, nos pères se confiaient,
oui, ils comptaient sur toi, et tu les délivrais.
Lorsqu’ils criaient à toi, ils étaient délivrés,
lorsqu’ils comptaient sur toi, ils n’étaient pas déçus.

Mais moi je suis un ver, je ne suis plus un homme,
tout le monde m’insulte, le peuple me méprise,
ceux qui me voient se rient de moi.
Tous, ils ricanent. On fait la moue en secouant la tête :
« Il se confie en l’Éternel?
Eh bien, que maintenant l’Éternel le délivre!
Puisqu’il trouve en lui son plaisir, qu’il le libère donc! »

Oui, c’est bien toi qui, depuis ma naissance, m’as protégé.
Tu m’as mis en sécurité sur le sein de ma mère.
Dès mon jeune âge, j’ai été placé sous ta garde.
Dès avant ma naissance, tu es mon Dieu.
Ne reste pas si loin de moi car le danger est proche,
et il n’y a personne qui vienne pour m’aider.

De nombreux taureaux m’environnent :
ces fortes bêtes du Basan sont tout autour de moi.
Ils ouvrent largement leurs gueules contre moi,
ils sont comme un lion qui rugit et déchire.

Je suis comme une eau qui s’écoule et tous mes os sont disloqués.
Mon cœur est pareil à la cire, on dirait qu’il se fond en moi.
Ma gorge est desséchée comme un tesson d’argile,
ma langue colle à mon palais,
tu me fais retourner à la poussière de la mort.

Des hordes de chiens m’environnent,
la meute des méchants m’assaille.
Ils ont percé mes mains, mes pieds,
je pourrais compter tous mes os;
ils me regardent, ils me toisent,
ils se partagent mes habits
et tirent au sort ma tunique.

Mais toi, ô Eternel, ne reste pas si loin!
O toi, ma force, viens en hâte à mon aide!
Viens me sauver! Délivre ma vie de l’épée!
Protège-moi de la fureur des chiens!
Délivre-moi de la gueule du lion!
Préserve-moi des cornes des taureaux! (1)

 


En ce Vendredi saint, je crois qu’il est important qu’en tant que chrétiens, nous prenions le deuil – du moins, intérieurement – pour commémorer le jour où le Seigneur Jésus est mort en croix.

Mener le deuil, c’est quelque chose que nous ne savons plus faire, il me semble, en occident. Ou peut-être que c’est moi, simplement, qui cherche à l’éviter ou à le contourner à tout prix, à cause de l’intensité des émotions impliquées. Et pourtant, je crois que nous ne pouvons pas vivre pleinement la joie de la résurrection le dimanche, à moins d’avoir été plongés dans le deuil le vendredi. La joie est proportionnelle au deuil.

Je vous propose donc quelques réflexions sur la première partie du psaume 22. (La deuxième partie suivra dans deux jours.) Des réflexions sur David, qui a écrit ce psaume, sur Jésus, qui l’a cité sur la croix, et sur moi – et sur vous, peut-être? – qui cherche sa place dans tout ça.

Au sujet de David

Type : élément de l’Ancien Testament qui préfigure un élément du Nouveau Testament. (2)

Prophétie : proclamation faite sous l’influence de l’inspiration divine. (3)

David a écrit le psaume 22, mais il n’y fait pas allusion à lui-même en tant que roi. Il parle comme un simple homme, comme un membre de la communauté d’Israël, le peuple de Dieu.

Or, le psaume 22 rapporte les paroles d’un homme ignoré de son Dieu et abandonné de sa communauté. Nuit et jour, ses cris vers l’Éternel restent sans réponse. Pourtant, il le sait, lorsque ses pères ont fait de même jadis, eux, ils ont été délivrés. Mais pas lui jusque là. Lui, ce sont les insultes et le mépris des gens qu’il reçoit. « Il se confie en l’Éternel? Eh bien, que maintenant l’Éternel le délivre! », se moquent-ils. Oui, il le reconnaît : dès sa naissance, il a joui de la faveur de Dieu. Mais en ce moment, Dieu reste loin.

Les méchants qui l’entourent sont comme des taureaux qui veulent l’encorner, comme des lions qui rugissent après lui, comme une horde de chiens qui veulent le déchirer. Ils le regardent, ils l’observent, ils se partagent ses habits et tirent au sort sa tunique. Quant à lui, il défaille mentalement et psychologiquement, voire physiquement – ses os se disloquent, son cœur se fond, sa gorge se dessèche, sa langue se colle à son palais. Il est amaigri, faible. Il appelle l’Éternel à l’aide, mais Dieu reste toujours loin…

Réfléchissons un instant…

Si l’événement décrit ici était ce que les théologiens appellent un type de Jésus, cela voudrait dire que David a vraiment vécu la grande angoisse qu’il exprime dans ce psaume, et que cet épisode de sa vie devient comme un modèle de ce que Jésus vivrait par la suite.

Or, on est incapable d’identifier de façon sure le moment de la vie de David – du moins, de ce qu’on en connaît – où il aurait pu vivre une telle angoisse. Était-ce durant sa fuite devant le roi Saül? Peu probable : David était jeune et plein de force; il avait un allié en Jonathan, le fils du roi; il s’est réfugié chez le prophète Samuel, puis chez le prêtre Ahimélek; plusieurs voyaient en lui le futur roi et il a vite été entouré d’une troupe nombreuse. (4)

Était-ce vers la fin de son règne, durant sa fuite devant son fils Absalom? Encore là, plutôt difficile à mettre en scène comme arrière-plan : le roi quitte Jérusalem accompagné de tous ses ministres et d’une foule nombreuse qui lui est toujours fidèle. (5)

D’autre part, si l’événement décrit ici était une prophétie de ce que Jésus vivrait plus tard sur la croix, cela voudrait dire que l’Esprit de Dieu a donné à David une révélation au sujet de Jésus. C’est très possible. Mais dans ce cas, David aurait écrit au « il » – en parlant du Messie – et non pas au « je », comme il l’a fait dans ce psaume.

Alors qu’est-ce que c’est?…

Se pourrait-il… oui, se pourrait-il que par la bouche de David, l’Esprit de Dieu nous ait communiqué l’état d’esprit que Jésus allait avoir sur la croix près de mille ans plus tard?…

Quant à Jésus

« Après l’avoir cloué sur la croix, les soldats se partagèrent ses vêtements en les tirant au sort. Puis ils s’assirent pour monter la garde. » (6)

« De même, les chefs des prêtres se moquaient de lui, avec les spécialistes de la Loi et les responsables du peuple, en disant : Dire qu’il a sauvé les autres, et qu’il est incapable de se sauver lui-même! C’est ça le roi d’Israël? Qu’il descende donc de la croix, alors nous croirons en lui! Il a mis sa confiance en Dieu. Eh bien, si Dieu trouve son plaisir en lui, qu’il le délivre! N’a-t-il pas dit : “Je suis le Fils de Dieu”?
Les brigands crucifiés avec lui l’insultaient, eux aussi, de la même manière. » (7)

« Vers trois heures, Jésus cria d’une voix forte : Eli, Eli, lama sabachthani ? ce qui veut dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » (8)

C’est étrange… Autant les 22 premiers versets du psaume 22 ne semblent pas correspondre à un événement de la vie de David, autant ils correspondent parfaitement à la crucifixion du Seigneur Jésus.

Lui en qui le Père prenait plaisir (9), il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas accueilli (10). Plutôt, ils l’ont trahi et livré aux Romains qui l’ont torturé cruellement et mis à mort sur la croix. Durant son supplice et son agonie, ils se sont moqués de lui. Ils étaient comme des taureaux, comme des lions, comme une horde de chiens.

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? »… Jésus ne citait pas un verset qu’il avait appris à la synagogue. Plutôt, il reprenait ses propres paroles que David avait citées mille ans d’avance. À cet instant, Jésus était un homme abandonné de sa communauté et ignoré de son Dieu.

Ignoré de Dieu à cause de nos péchés, à cause de mes péchés.

« Ce sont vos fautes qui vous séparent de votre Dieu. C’est à cause de vos péchés qu’il s’est détourné loin de vous pour ne plus vous entendre. » (11)

Et moi? Et vous?

Mon herméneutique et mon exégèse sont probablement en faute ici, mais je me plais néanmoins à penser qu’en lisant le psaume 22, je lis ce qu’a ressenti le Seigneur Jésus sur la croix.

« Je me plais... » Non, en fait, ce n’est pas très plaisant.

Car si le « je » du psaume, c’est Jésus, et si le « tu », c’est Dieu, que reste-t-il pour moi? Où suis-je là-dedans?

Eh bien, il reste le « ils » – les taureaux qui encornent, les lions qui rugissent, les chiens qui dévorent. Il reste les moqueurs. Il reste ceux qui ont trahi et livré l’innocent aux bourreaux pour être torturé cruellement et mis à mort. Je suis de ceux-là.

Car ce sont mes fautes qui l’ont séparé de son Dieu. C’est à cause de mes péchés que Dieu s’est détourné loin de lui pour ne plus l’entendre.

Oui, c’est à cause de mes péchés, de vos péchés, que Jésus est mort sur la croix.

Prenez le deuil aujourd’hui avec moi, car nous avons tué Jésus. Oui, j’ai tué Jésus…

 

Éléazar, le moine belliqueux

PS Si vous voulez un chant (en anglais) pour méditer tout ça, je vous suggère The Death of a Son de Michael Card (cliquez ici).

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Tous les passages cités sont tirés de La Bible du Semeur (Colorado Springs : Biblica, 2000).
(1) Livre des psaumes, chapitre 22, versets 1 à 22a.
(2) Elwell, Walter A., et Barry J. Beitzel. « Type, Typology » dans Baker encyclopedia of the Bible (Grand Rapids, MI : Baker Book House, 1988).
(3) « Prophecy » dans Baker encyclopedia of the Bible.
(4) Premier livre de Samuel, chapitre 19, versets 8 et 18; chapitre 20; chapitre 21, verset 2; chapitre 22, versets 1 et 2.
(5) Deuxième livre de Samuel, chapitre 15, verset 13 et suivants.
(6) Évangile selon Matthieu, chapitre 27, versets 35 et 36.
(7) Versets 41 à 44.
(8) Verset 46.
(9) Chapitre 3, verset 17.
(10) Évangile selon Jean, chapitre 1, verset 11.
(11) Livre du prophète Ésaïe, chapitre 59, verset 2.

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