Un moine belliqueux?

Bannière - Un mot sur moi

Un moine belliqueux?

Non, je ne suis pas Chrabr, le vieux moine bulgare qui a écrit un texte vers le 9e ou le 10e siècle pour défendre l’alphabet slave. Je ne suis pas non plus l’émule de frère Toque, ni du personnage d’un chant populaire danois dont Jean-Jacques Ampère récite les paroles dans son livre Voyages & Poésies (Paris : Didier, libraire-éditeur; 1850; p. 489).

En fait, l’idée d’un tel titre m’est venue avant que mon ami Google me révèle qu’elle n’était pas tout à fait originale. J’avoue qu’au début, ça m’a fait un petit pincement… (Ah, l’orgueil!) Mais ensuite, j’étais en quelque sorte rassuré : ce n’est pas si farfelu, après tout!

Mais quand même, ça demande quelques explications…

Moi, un moine?

Par définition, un moine est un « religieux qui vit isolé de la société, généralement dans une petite communauté aux activités réglées, et qui accorde une grande partie de son temps à la contemplation ». (1)

Je ne suis pas un religieux : je n’ai pas prononcé de vœux pour entrer dans un ordre ou une congrégation. Toutefois, je suis certainement, en un sens, « religieux » : j’ai un fervent attachement – je pense – à Dieu et à sa Parole, je crois en la personne du Seigneur Jésus-Christ et en l’œuvre qu’il a accomplie, et j’essaie de vivre selon les commandements qu’il nous a laissés.

Je ne vis pas dans une communauté isolée de la société, mais j’aime la solitude et la tranquillité. J’avoue que je ne me complais pas dans les choses qui sont « populaires » (la mode, les sorties, prendre un verre dans un pub bruyant…). En fait, franchement, je cherche souvent ma place dans les événements sociaux et la plupart du temps, je ne la trouve pas…

J’aime les activités réglées, la routine. J’y trouve une certaine sécurité. Et je suis indéniablement un contemplatif de nature. Et en plus, j’aime les livres et… le chant grégorien!

Oui, dans mon âme, je suis un moine.

Pourquoi un moine belliqueux?

Belliqueux : qui aime faire la guerre; qui aime à se battre, à se disputer.

Tous ceux qui me connaissent diront unanimement que je suis tout sauf belliqueux. Je n’aime certainement pas me disputer, encore moins me battre. Je peux m’obstiner à l’occasion, m’entêter sur une idée. Mais faire la guerre? N’y pensons pas. Au contraire, je suis conciliant et accommodant.

D’autre part, la cooccurrence des mots moine et belliqueux dans une même expression sera perçue par plusieurs comme un oxymoron. La contradiction est flagrante, ou alors elle témoigne de la faillite du moine à contrôler son tempérament.

Toutefois… Se pourrait-il que le moine ne puisse pas ne pas être belliqueux dans le domaine spirituel?…

Dans son Épître aux Éphésiens, l’apôtre Paul dit :

« Revêtez-vous de l’armure de Dieu afin de pouvoir tenir ferme contre toutes les ruses du diable. Car nous n’avons pas à lutter contre des êtres de chair et de sang, mais contre les Puissances, contre les Autorités, contre les Pouvoirs de ce monde des ténèbres, et contre les esprits du mal dans le monde céleste. » (2)

Or le moine, par sa contemplation, scrute l’invisible. Il voit les circonstances banales et ordinaires de la vie d’une perspective différente : il les comprend comme des combats à livrer. Il compatit à la misère de ses semblables, causée par la servitude spirituelle, et il est prêt à prendre les armes – spirituelles – pour libérer et protéger les siens.

Oui, un moine se doit d’être belliqueux.

Au fil de mes années de vie chrétienne, l’Esprit m’a fait découvrir ce combat spirituel. Oh, je ne suis pas le combattant le plus redoutable, mais je m’entraine… Et je veux me tenir dans la brèche pour protéger mon épouse, mes enfants, ma famille, mes amis, mes frères et sœurs de l’église…

Oui, je suis un moine belliqueux!

 

À lire :

mon témoignage de conversion

mon nom de plume

 

_______________

(1) Dictionnaire électronique Antidote 8 (Montréal, Canada : Druide Informatique, 2015).

(2) Chapitre 6, versets 11 et 12; La Bible du Semeur (Colorado Springs : Biblica, 2000).