Simples voeux ou bénédiction efficace?

MB Bannière - Jour de l'an

Jour de l’an

Simples vœux ou bénédiction efficace?
(Nombres 6.22-27)

Nous voici au temps de l’année où on s’offre des vœux les uns aux autres pour la nouvelle année. Santé, prospérité, succès, tout y passe alors qu’on essaie de concentrer toute notre énergie positive dans une belle formule que l’on s’offre réciproquement.
Mais au-delà de la politesse ou peut-être d’une autre convention sociale qui m’échappe, qu’est-ce que ça change vraiment? Quel poids mes simples paroles ont-elles pour influencer le cours de l’existence de mes parents, de mes amis ou d’un inconnu que je croise dans la rue?
« C’est de l’énergie positive! », dira l’un. « Ça peut pas faire de tort! », lancera l’autre.
Vraiment?…
Le problème, voyez-vous, c’est qu’on essaie de bénir sans reconnaître la source de toute bénédiction.
 

 
Il y a quelques millénaires, durant le séjour des Juifs dans le désert en route vers la terre promise… 
« L’Éternel dit à Moïse :
– Parle à Aaron et à ses fils et dis-leur : Voici en quels termes vous bénirez les Israélites. Vous leur direz :
Que l’Éternel te bénisse et te protège!
Que l’Éternel te regarde avec bonté! Et qu’il te fasse grâce!
Que l’Éternel veille sur toi et t’accorde la paix!
C’est ainsi qu’ils m’invoqueront en faveur des Israélites, et moi, je les bénirai. » (1)
Ces paroles sont devenues un « standard » pour la bénédiction.
« Dans la tradition liturgique d’Israël (et dans celle de l’Église), cette bénédiction conclut le culte d’adoration et sert comme d’une promesse de la bénédiction de Dieu sur les adorateurs alors qu’ils s’en vont dans le monde. » (2)

La bénédiction elle-même

Ces paroles sont brèves, mais chargées de sens. Les théologiens y voient un langage poétique et émotif. (3)
Que l’Éternel te bénisse… « Bénir » est un terme général, mais il évoque l’alliance que Dieu a faite avec le peuple. Bénir, c’est donner la fertilité, l’abondance et la prospérité.
C’est « Dieu qui veille au bien de toute sa création, et spécialement des êtres humains. […] La postérité, la terre, les possessions et la santé sont parmi les expressions concrètes de la bénédiction de Dieu. […] Dans l’Ancien Testament, le concept de bénédiction insiste davantage sur la providence continuelle de Dieu que sur des actes spéciaux d’intervention divine. » (4)
Et [qu’il] te protège… Dieu veille sur ceux qu’il veut bénir, comme le développe le Psaume 121 :
« Je lève les yeux vers les monts :
d’où le secours me viendra-t-il?
Mon secours vient de l’Éternel
qui a fait le ciel et la terre.
Il te gardera des faux pas,
ton gardien ne dormira pas.
Non, jamais il ne dort, jamais il ne sommeille,
le gardien d’Israël.
L’Éternel sera ton gardien,
l’Éternel est à ton côté comme une ombre qui te protège,
et, durant le jour, le soleil ne te causera aucun mal
ni la lune au cours de la nuit.
Oui, l’Éternel te gardera de tout malheur :
il gardera ta vie.
L’Éternel veillera sur toi de ton départ à ton retour,
dès maintenant et à jamais. » (5)
Que l’Éternel te regarde avec bonté… Ou plus littéralement : « Que l’Éternel fasse briller son visage sur toi. » (6) Cela évoque la présence même de Dieu, comme lorsque Moïse s’entretenait face à face avec lui sur la montagne : quand il redescendait vers le peuple pour lui transmettre les paroles de Dieu, son propre visage rayonnait. (7) « Car chez toi est la source de la vie. C’est dans ta lumière que nous voyons la lumière », disait le roi David. (8)
Et qu’il te fasse grâce… La grâce, c’est quelque chose qu’on ne mérite pas. Si Dieu nous traitait vraiment selon nos mérites, personne ne subsisterait. Mais l’Éternel est « un Dieu plein de compassion et de grâce, lent à se mettre en colère, et riche en amour et en fidélité ». (9) Aussi, ses bienfaits quotidiens à notre égard sont autant d’expressions de sa grâce.
Que l’Éternel veille sur toi… Ou plus littéralement : « Que l’Éternel se tourne vers toi » (10) ou même « tourne sa face vers toi ». Cette dernière expression « suggère plaisir et affection ». On pourrait y voir l’équivalent du verbe « sourire ». (11) Que l’Éternel te sourit! Qu’il trouve son plaisir en toi! 
Et [qu’il] t’accorde la paix… Dans la culture hébraïque, la paix signifie beaucoup plus que l’absence de guerre ou de conflit. C’est le bien-être complet de l’individu, et par conséquent de la communauté.
Qui ne voudrait pas être au bénéfice d’une telle bénédiction!

Mais encore… 

Aussi riches que soient ces paroles, il faut aller un peu plus loin et regarder aussi au contexte immédiat.
En fait, je note deux choses importantes… et intéressantes.
D’abord, c’est l’Éternel qui est la source de toutes ces bénédictions. C’est lui qui donne les instructions aux prêtres. C’est Dieu qui est le sujet explicite et implicite de chacune des phrases composant la bénédiction. C’est son nom que les prêtres doivent invoquer. Et comme un sceau attestant la véracité des paroles prononcées, les instructions se terminent par : « et moi, je les bénirai ».
Ce ne sont pas des paroles magiques qu’on peut lancer à gauche et à droite. On fait appel à l’Éternel, à sa bonté, à sa grâce. Par cette bénédiction, Dieu veut nous rappeler qu’il est près de nous et qu’il se plait à nous bénir, car « tout cadeau de valeur, tout don parfait, nous vient d’en haut, du Père qui est toute lumière et en qui il n’y a ni changement, ni ombre due à des variations ». (12)
Ensuite, notons que ce sont les prêtres qui sont les instruments par lesquels la bénédiction est appelée sur le peuple. Dans le passage, l’Éternel demande à Moïse de donner des instructions à Aaron et ses fils, les premiers sacrificateurs ou prêtres. Voici en quels termes vous bénirez… vous leur direz… C’est ainsi qu’ils m’invoqueront en faveur des Israélites…  
Les prêtres, ou les sacrificateurs, étaient les intermédiaires entre Dieu et le peuple. D’une part, comme membres de la tribu de Lévi, ils étaient chargés d’enseigner les paroles de Dieu aux gens, et d’autre part, ils présentaient à Dieu le sang des sacrifices des gens. (13) Bénir le peuple faisait partie de leurs tâches et responsabilités devant Dieu. (14) Et ça, c’est très intéressant!

Les croyants d’aujourd’hui ne sont-ils pas des prêtres?

« Mais vous, vous êtes une race élue, une communauté de rois-prêtres, une nation sainte, un peuple que Dieu a libéré pour que vous célébriez bien haut les œuvres merveilleuses de celui qui vous a appelés à passer des ténèbres à son admirable lumière. » (15)
« Il nous aime, il nous a délivrés de nos péchés par son sacrifice, il a fait de nous un peuple de rois, des prêtres au service de Dieu, son Père : à lui donc soient la gloire et le pouvoir pour l’éternité! Amen. » (16)
Les croyants forment une communauté de rois-prêtres… Par son œuvre à la croix, le Seigneur Jésus-Christ a fait de nous un peuple de prêtres au service de Dieu, son Père… Nous sommes des prêtres, des intermédiaires entre Dieu et… les gens autour de nous. Entre Dieu et les hommes et les femmes que nous côtoyons.
Et l’une des responsabilités des prêtres est de bénir les gens… 
Le faisons-nous?… Pas seulement à la nouvelle année, mais tout au long de l’année?… 
En tant que croyants, nous avons la responsabilité de bénir les gens autour de nous, spécialement les non-croyants. Nous sommes responsables d’invoquer le nom de Dieu sur eux. Parce que nous, nous connaissons la source de toute bénédiction. Parce que nous, nous avons un libre accès auprès du Père. (17) Parce que tout ce que nous lui demandons au nom du Seigneur Jésus-Christ, il nous l’accorde. (18) Parce que Dieu fait luire son soleil sur les justes et sur les injustes. (19) Parce que l’Éternel se plait à bénir sa création.
Qui invoquera le nom de l’Éternel sur vos parents, sur vos amis, sur vos collègues de travail, sinon vous?
En cette année 2018,
que l’Éternel, le Dieu trinitaire
– Père, Fils et Esprit –
vous bénisse selon la richesse de sa bonté,
– vous, vos parents, vos amis –
et qu’il vous protège;
que l’Éternel vous inonde de sa lumière bienfaisante
et qu’il vous fasse grâce;
que l’Éternel vous sourie et trouve son plaisir en vous
et qu’il vous donne la paix.
 
 
Fraternellement en Jésus,
 
Éléazar, le moine belliqueux
 
_______________
Tous les passages cités sont tirés de La Bible du Semeur (Colorado Springs : Biblica, 2000).
(1) Livre des Nombres, chapitre 6, versets 22 à 27.
(2) « In the liturgical tradition of Israel (and of the Church) the blessing (or benediction) concludes the service of worship and serves as a promise of God’s blessing on the worshipers as they go into the world. » Timothy R. Ashley, The Book of Numbers, The New International Commentary on the Old Testament (Grand Rapids, MI: Wm. B. Eerdmans Publishing Co., 1993), p. 149.
(3) Notamment Ronald B. Allen, « Numbers », dans The Expositor’s Bible Commentary : Genesis, Exodus, Leviticus, Numbers, édité par Frank E. Gaebelein, vol. 2 (Grand Rapids, MI: Zondervan Publishing House, 1990), p. 754.
(4) « Blessing in Hebrew tradition has to do with God’s working for the good of all creation, and especially for human beings. [...] Offspring, land, possessions, and health are among the concrete expressions of God’s blessing. [...] The OT concept of blessing focuses upon the ongoing providence of God more than on special acts of divine intervention. » Katharine Doob Sakenfeld, Journeying with God: a commentary on the book of Numbers, International Theological Commentary (Grand Rapids, MI; Edinburgh : Wm. B. Eerdmans Pub. Co.; Handsel Press Ltd., 1995), p. 44. (Gras et italique ajoutés)
(5) Livre des Psaumes, chapitre 121, versets 1 à 8.
(6) Société Biblique de Genève, La Bible Segond 21 (Romanel-sur-Lausanne, 2007).
(7) Voir le Livre de l’Exode, chapitre 34, versets 29 à 35.
(8) Livre des Psaumes, chapitre 36, verset 10.
(9) Livre de l’Exode, chapitre 34, verset 6; voir aussi le Livre des Psaumes, chapitre 103, versets 8 à 10.
(10) Société Biblique de Genève, La Bible Segond 21 (Romanel-sur-Lausanne, 2007).
(11) Ronald B. Allen, « Numbers », dans The Expositor’s Bible Commentary : Genesis, Exodus, Leviticus, Numbers, édité par Frank E. Gaebelein, vol. 2 (Grand Rapids, MI: Zondervan Publishing House, 1990), p. 755.
(12) Lettre de Jacques, chapitre 1, verset 17.
(13) Livre du Deutéronome, chapitre 33, verset 10.
(14) Livre du Deutéronome, chapitre 10, verset 8, et chapitre 21, verset 5.
(15) Première lettre de l’apôtre Pierre, chapitre 2, verset 9. (Gras et italique ajoutés)
(16) Livre de l’Apocalypse de Jean, chapitre 1, deuxième partie du verset 5 et verset 6. (Gras et italique ajoutés)
(17) Lettre aux Hébreux, chapitre 4, versets 14 à 16.
(18) Évangile selon Jean, chapitre 14, versets 12 à 14.
(19) Évangile selon Matthieu, chapitre 5, verset 45.
 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *