Le Symbole des Apôtres

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Les apôtres recevant l’inspiration du Saint-Esprit et composant le Crédo.
Montage à partir d’une miniature pleine page
au début du traité « Les douze articles de la foi » c 1295 (f. 10v),
dans l’ouvrage La Somme le roi, compilé en 1279 par le moine dominicain Laurent
pour le roi Philippe III de France (règne 1270-1285).
British Library—Digitized Manuscripts.

Les confessions historiques

Le Symbole des apôtres

symbole : formule résumant la foi de l’Église. (1)
« Un signe de reconnaissance parmi les chrétiens catholiques, distinguant les croyants des hérétiques. » (2)

Dans les années 80 au Québec, les croyants qui se convertissaient quittaient l’Église catholique romaine et se joignaient à des églises évangéliques. À cette époque, le réflexe était de rejeter en bloc tout l’héritage religieux reçu, sans discernement. On jetait le bébé avec l’eau du bain, comme on dit. J’étais de ces gens-là. Et le Symbole des apôtres faisait partie de cet héritage rejeté.

Depuis une dizaine d’années, le monde évangélique semble retrouver un certain intérêt pour cet héritage. Par exemple, en 2015, Matt Chandler de l’église The Village Church (Flower Mound, Texas) a fait une série de prédications sur le Symbole des apôtres — Together We Believe. En 2018, Michael F. Bird a enregistré une série d’enseignement vidéo – What Christians Ought to Believe — pour la maison de publication Zondervan.

Je n’ai pas trouvé d’exemples semblables sur Internet du côté francophone… (Les choses atteignent toujours le monde évangélique francophone avec un peu de retard, semble-t-il.)

Quant à moi, quand j’ai commencé mon blogue en 2016, je crois que c’est la série de prédications de Matt Chandler qui a suscité mon intérêt pour une rubrique sur les confessions de foi.

Alors, qu’y a-t-il à dire sur le Symbole des apôtres?…

 


 

Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre.

Et en Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur;
qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie;
a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers;
le troisième jour est ressuscité des morts;
est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant;
d’où il viendra juger les vivants et les morts.

Je crois en l’Esprit Saint;
à la sainte Église catholique*, à la communion des saints;
à la rémission des péchés;
à la résurrection de la chair;
à la vie éternelle.

* Le terme « catholique » doit ici être compris au sens « d’universelle ».

La légende

Jusqu’au milieu du 17e siècle, on croyait couramment, autant du côté de l’Église catholique romaine que de celui des églises protestantes, que les apôtres avaient composé eux-mêmes ce crédo « à Jérusalem le jour de la Pentecôte, ou avant leur séparation, pour assurer l’unité de l’enseignement, chacun contribuant d’un article (d’où la division arbitraire en douze articles) ». (3)

On trouve les premières traces de cette légende dans un écrit de Rufin d’Aquilée, à la fin du 4e siècle. L’affectation des articles aux douze apôtres s’est faite plus tard. (4)

Au fil des siècles, plusieurs théologiens, dont Calvin, ont réfuté cette légende de façon convaincante. En effet :

1. Une telle composition mécanique est, par nature, improbable;
2. Les Écritures ne mentionnent nulle part un tel événement;
3. Les pères apostoliques, ainsi que tous les pères anté-nicéens et nicéens, sont silencieux à ce sujet;
4. Il existe une grande variété de formes dans les crédo des églises anté-nicéennes, de même que dans le Symbole lui-même jusqu’au 8e siècle;
5. Le Symbole des apôtres n’a jamais été diffusé au sein de l’Église orthodoxe grecque. (5)

L’histoire

Entre les deuxième et quatrième siècles, les églises de différentes villes ont développé des résumés de la doctrine chrétienne. Ces sommaires, plus ou moins développés, servaient à instruire les nouveaux croyants et étaient récités en public lors de leur baptême. Selon Philip et David S. Schaff, la confession de Pierre en Matthieu 16.16 (« Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ») était à l’origine du cœur du crédo primitif (c’est-à-dire, l’accent sur la personne de Jésus) et la formule baptismale de Matthieu 28.19 (« baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ») en fournissait la structure trinitaire. (6)

Les différentes versions ont fini par se fondre dans celle de la ville de Rome et le Symbole romain « est devenu et est resté jusqu’à ce jour le crédo fondamental de l’Église latine ». (7) Entre les sixième et huitième siècles, on a fait quelques ajouts au crédo jusqu’à ce qu’il ait la forme actuelle. (8)

Schaff compare comme suit les douze articles de la vieille version romaine et ceux de la forme finale reçue : (9)

Vieille version romaine

1. Je crois en Dieu, le Père tout-puissant.
2. Et en Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur;
3. qui est né par le Saint-Esprit de la Vierge Marie,
4. a été crucifié sous Ponce Pilate et a été enseveli;
5. le troisième jour est ressuscité des morts,
6. est monté aux cieux, est assis à la droite du Père,
7. d’où il viendra juger les vivants et les morts.
8. Et en l’Esprit Saint;
9. à la sainte Église;
10. à la rémission des péchés;
11. à la résurrection de la chair.

Forme finale reçue

1. Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre.
2. Et en Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur;
3. qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie,
4. a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers;
5. le troisième jour est ressuscité des morts,
6. est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant,
7. d’où il viendra juger les vivants et les morts.
8. Je crois en l’Esprit Saint;
9. à la sainte Église catholique, à la communion des saints;
10. à la rémission des péchés;
11. à la résurrection de la chair;
12. à la vie éternelle.

Sa valeur

L’estime que l’on donne à ce texte varie beaucoup.

Certains le considèrent comme inspiré au même titre que les Écritures bibliques et le récitent quotidiennement comme une prière. D’autres n’en font simplement aucun cas.

Schaff, que j’ai beaucoup cité plus haut, en dit :

« C’est de loin le meilleur résumé populaire de la foi chrétienne jamais fait dans un espace si bref. […] Ce n’est pas une déclaration logique de doctrines abstraites, mais une profession de faits vivants et de vérités salvatrices. C’est un poème liturgique et un acte d’adoration. […]
« En même temps, on doit admettre que cette même simplicité et cette concision du Crédo, lesquelles l’adaptent si admirablement à toutes les classes de chrétiens et pour l’adoration publique, le rendent insuffisant comme un régulateur de doctrine publique pour une étape plus avancée de connaissance théologique. » (10)

J’ai tendance à être d’accord avec la première moitié de leur évaluation. C’est en effet un excellent résumé de la foi chrétienne.

J’avoue que la deuxième partie m’a fait un peu réagir intérieurement. Insuffisant… pour une étape plus avancée… Pourquoi un tel résumé ne serait-il pas suffisant pour tout chrétien? N’est-ce pas justement ces « avancées de connaissance théologique » que l’on ajoute au crédo qui fractionnent, voire divisent le christianisme?

Après m’être calmé et avoir un peu réfléchi, je dois admettre qu’effectivement, ce crédo n’est pas exhaustif. Pour ma part, je lis beaucoup dernièrement sur le canon des Écritures, leur autorité et leur inspiration. Je pourrais aussi mentionner la souveraineté de Dieu, le libre arbitre de l’homme, l’élection… Tous ces sujets échappent au cadre explicite tracé par le crédo, et pourtant ils ont un impact sur la façon dont le chrétien dirige sa marche quotidienne.

Le minimalisme est à la mode de nos jours. J’aspire à un minimalisme théologique, une théologie « fonctionnant à partir de matériaux minimaux », si je me permets d’adapter une définition du dictionnaire (11). Je crois que le Symbole des apôtres nous fournit ces matériaux minimaux, nécessaires pour définir la foi chrétienne. C’est pourquoi je l’utilise pour lancer au moins deux séries d’articles dans cette rubrique : d’une part, les confessions historiques, ou comment les confessions de foi ont évolué au fil des siècles, et d’autre part, mon crédo personnel, ou du moins une tentative de reconstruction théologique (après quelques années de déconstruction).

J’espère que tous ces articles susciteront des discussions constructives qui m’aideront à mieux connaître et mieux aimer le Seigneur Jésus-Christ, en qui « se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance » (12), et par qui « la grâce et la vérité sont venues » (13).

Fraternellement,

 

Éléazar, le moine belliqueux
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Tous les passages bibliques cités sont tirés de La Bible du Semeur (Colorado Springs : Biblica, 2000).

(1) Logiciel Antidote 10 v4.1 pour MacOS, Druide informatique inc., juillet 2020.
(2) « A sign of recognition among catholic Christians in distinction from unbelievers and heretics. » Philip Schaff et David Schley Schaff, History of the Christian church, vol. 2 (New York : Charles Scribner’s Sons, 1910), p. 529.
(3) « … in Jerusalem on the day of Pentecost, or before their separation, to secure unity of teaching, each contributing an article (hence the somewhat arbitrary division into twelve articles). » Philip Schaff, The Creeds of Christendom, with a History and Critical Notes: The History of Creeds, vol. 1 (New York : Harper & Brothers, Publishers, 1878), p. 22.
(4) Ibidem.
(5) Ibidem, p. 23.
(6) Schaff & Schaff, History, p. 529.
(7) Ibidem, p. 530.
(8) Schaff, Creeds, p. 19.
(9) Ibidem, p. 21-22.
(10) « It is by far the best popular summary of the Christian faith ever made within so brief a space. [...] It is not a logical statement of abstract doctrines, but a profession of living facts and saving truths. It is a liturgical poem and an act of worship. […]
« At the same time, it must be admitted that the very simplicity and brevity of this Creed, which so admirably adapt it for all classes of Christians and for public worship, make it insufficient as a regulator of public doctrine for a more advanced stage of theological knowledge. » Ibidem, p. 15-16.
(11) « Minimalisme », Logiciel Antidote, op. cit.
(12) Lettre de l’apôtre Paul aux Colossiens, chapitre 2, verset 3.
(13) Évangile selon l’apôtre Jean, chapitre 1, verset 17.