Je crois

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Mon crédo personnel

Je crois…

crédo : du latin, signifiant « je crois »; profession de foi chrétienne qui en rappelle les principes fondamentaux. (1)

Depuis quelques années, ma théologie est en déconstruction.

Spirituellement, je suis né et j’ai grandi dans un milieu évangélique conservateur. Pendant longtemps, je n’ai pas remis en question le système que j’avais reçu. On ne me l’avait pas imposé, mais je n’avais pas cru bon de le mettre à l’épreuve ou d’aller voir ailleurs.

Après plus de trois décennies d’expériences chrétiennes, ou plutôt simplement de vie chrétienne (je ne voudrais pas laisser croire que j’ai eu un cheminement extraordinaire), je vois des failles dans mon édifice théologique. Certains aspects de certaines doctrines ne me satisfont plus : par exemple, la définition que l’on donne de l’inspiration des Écritures, l’approche calviniste de la souveraineté de Dieu et du libre arbitre de l’homme, la sous-estimation générale que l’on semble faire de l’humanité du Christ, la portée limitée que l’on semble donner, en pratique, à l’Esprit saint. Je perçois des incohérences… Mon système a besoin de rénos extrêmes.

Au début de l’année, j’avais décidé de m’attaquer à la reconstruction… puis la pandémie est arrivée. Mes pensées et mes écrits se sont concentrés sur d’autres sujets pour un temps. Je reviens maintenant à mon programme initial…

 


 

Sur la page d’introduction de ma rubrique sur les confessions de foi, j’ai cité le Symbole des apôtres comme point de départ de ma réflexion. Je pense qu’il deviendra, en effet, la charpente de ma reconstruction.

De plus, j’ai découvert que le théologien Karl Barth (2), qui a écrit un imposant ouvrage de théologie dogmatique, a justement écrit un petit livre en prenant ce crédo comme base. (3) Il y a longtemps que je voulais lire Barth…

Barth, le crédo et la théologie dogmatique

dogme : point de doctrine considéré comme une vérité incontestable. (4)

Chaque confession chrétienne (ou chaque « dénomination », comme on dit au Québec) a ses particularités doctrinales. La théologie dogmatique est « la théologie officielle […] reconnue par un corps ecclésial organisé ». Un de ses buts est « de permettre à [ce] corps ecclésial de formuler et de communiquer les doctrines considérées comme essentielles à la foi chrétienne ». (5)

Le Symbole des apôtres est un exemple de théologie dogmatique. Dans les premiers siècles de l’Église, des communautés chrétiennes de diverses villes avaient rédigé leur « résumé de la foi » qu’elles utilisaient pour enseigner les nouveaux croyants. Ces derniers récitaient ce texte simple lors de leur baptême et cet événement marquait leur entrée dans la communauté. Au fil des années, ce texte s’est standardisé en ce que l’on connaît aujourd’hui comme le Symbole des apôtres. (Si cela vous intéresse, mon billet sur le sujet donne quelques détails historiques supplémentaires.)

La théologie dogmatique est donc un effort de la communauté, ou du moins des dirigeants de la communauté, pour fixer des balises ou des points de repère pour la foi des individus, dans le but de préserver une certaine uniformité. Elle s’appuie largement sur les traditions, sur « l’ensemble […] des connaissances […] transmises de génération en génération » (6).

Dans son livre sur le Symbole des apôtres, Karl Barth utilise le crédo comme « une base pour ses investigations théologiques » dans le domaine de la théologie dogmatique. (7) Selon lui…

« le crédo est vraiment fait pour être la base d’une discussion sur les problèmes principaux de la théologie dogmatique, non seulement parce qu’il fournit, pour ainsi dire, un plan de base de la théologie dogmatique, mais surtout parce que le sens, le but et l’essence de la théologie dogmatique, et le sens, le but et l’essence du crédo, s’ils ne sont pas identiques, sont néanmoins en lien le plus étroit. » (8)

Ainsi, il fait six remarques sur l’expression « je crois » au début du texte du Symbole des apôtres :

1. Dire « je crois » est un acte de reconnaissance ou d’attestation : on prend la décision d’accepter la réalité de Dieu, l’objet de sa foi;
2. Dire « je crois » est un acte de confession, dans le sens où l’individu s’inclut lui-même dans la déclaration publique et responsable que fait la communauté, que fait l’Église;
3. Dire « je crois » devient donc une proclamation de l’Église, puisque c’est à elle que la bonne nouvelle de la réalité de Dieu a été confiée;
4. Cependant, cette proclamation de l’Église ne tient pas son autorité de l’Église elle-même, mais bien du témoignage prophétique et apostolique qui vient de la révélation, ce témoignage étant fait à notre esprit au moyen de l’Esprit saint;
5. Dire « je crois » est un engagement de l’Église à un travail missionnaire, où l’Église place le monde devant sa responsabilité de répondre à cet appel de la foi, car seule la foi peut susciter la foi;
6. Finalement, il faut se rappeler les limites du crédo, comme aussi de la théologie dogmatique, car confesser sa foi ne constitue pas l’ensemble de la vie de l’Église et le crédo lui-même ne garantit pas une proclamation adéquate, d’où trois frontières :

a. le sacré ou le sacrement — car les mots ne font que pointer vers un événement dans lequel Dieu, dans sa réalité, rencontre l’humain;
b. la vie humaine — car les mots attestent de notre faiblesse et de notre force, de notre confusion et de notre clarté, de notre nature pécheresse et de notre espérance;
c. l’éternité — car les mots ici et maintenant ne seront plus nécessaires lorsque Dieu aura renouvelé toutes choses et établit son Royaume. (9)

Alors, si j’ai bien compris Barth, « je crois » devient très rapidement « nous croyons »…

Je crois, tu crois, il croit, nous croyons…

croire : considérer l’existence de (quelque chose, quelqu’un) comme vraie. (10)

En effet, dire « je crois » et réciter un crédo marque l’entrée dans une communauté de foi, un groupe de gens qui professe la même confession. Cette communauté a, en quelque sorte, deux dimensions : une dimension « ici et maintenant », c’est-à-dire une communauté bien réelle et vivante de gens qui se rassemblent parce qu’ils partagent le même crédo, et une autre dimension qui traverse les siècles et qu’on se plait à faire remonter aussi loin que possible. La succession des générations façonne le crédo et constitue un héritage spirituel pour la communauté actuelle.

Pour ma part, en disant « je crois », je ne veux pas réciter machinalement un crédo. Je ne veux pas accepter sans questions un ensemble de traditions théologiques simplement parce que les « pères » ont dit que c’était ainsi. Petite rébellion adolescente? Oui, peut-être…

Il me semble que l’approche de Barth, comme celle des théologiens en général, est très « souverainiste » : les choses sont ce qu’elles sont parce que Dieu l’a voulu ainsi; il a préservé les Écritures et il a façonné son Église au fil des siècles. Les traditions reçues reflètent la volonté de Dieu.

Vraiment?…

J’ai perdu ma naïveté face à cette approche. Je suis un peu désillusionné. L’être humain me déçoit. Je suis trop conscient de mes propres faiblesses et de mon potentiel à faire le mal. « Je ne comprends pas ce que je fais : je ne fais pas ce que je veux, et c’est ce que je déteste que je fais », comme le dit l’apôtre Paul (11). Et je ne crois pas que ce soit très différent pour l’Église dans son ensemble. L’histoire ne contient-elle pas nombre d’exemples de la faillite de l’Église à bien des égards? Et encore de nos jours, le monde ne se plait-il pas à diffuser à la télé et sur les réseaux sociaux les fautes de tel membre du clergé ou de tel groupe religieux? En fait, certains de ces cas me touchent de près…

Néanmoins, « je crois »… et je veux croire de tout cœur l’objet de ma foi. D’où cette réflexion.

Et ce faisant, je n’ai pas cessé de fréquenter une assemblée chrétienne. Je suis engagé sincèrement dans ses activités et je respecte ses articles de foi. Mais ce qui me lie à cette assemblée, ce sont d’abord les gens et les relations que j’y entretiens. Une certaine tension s’établit donc entre le crédo commun et mon crédo personnel, et un certain respect mutuel implicite garde le tout en équilibre. C’est ce qui me permet de faire une exploration personnelle des choses… Du moins, je l’espère.

Que cet article, ainsi que ceux qui suivront, suscite des conversations constructives qui permettront à tous ceux et celles qui y participeront de progresser dans la connaissance du Seigneur Jésus-Christ, qui est « la vérité et la vie » (12), « qui nous a ouvert le chemin de la foi et qui la porte à la perfection » (13).

Fraternellement en Jésus,

 

Éléazar, le moine belliqueux

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Tous les passages bibliques cités sont tirés de La Bible du Semeur (Colorado Springs : Biblica, 2000).

(1) Logiciel Antidote 10 v4.1 pour MacOS, Druide informatique inc., juillet 2020.
(2) « Karl Barth (Bâle, 10 mai 1886 — Bâle, 10 décembre 1968) est un pasteur réformé et professeur de théologie suisse, considéré comme l’une des personnalités majeures de la théologie chrétienne du 20e siècle […] Ses travaux, notamment ses essais sur la révélation divine, […] lui valent d’être tenu pour le plus grand théologien protestant du 20e siècle et peut-être depuis la Réforme […] l’œuvre de Karl Barth a parfois été comparée à celle d’Augustin, de Thomas d’Aquin et de Calvin. » Karl Barth — Wikipédia, l’encyclopédie libre.
(3) Karl Barth, Credo (Eugene, OR : Wipf & Stock Publishers, 2005).
(4) Antidote 10, op. cit.
(5) Qu’est-ce que la théologie dogmatique? —Got Questions. Got Questions Ministries, 2002–2020. Page consultée le 25 aout 2020.
(6) « tradition », Antidote 10, op. cit.
(7) Barth, op. cit., p. 1.
(8) « The Credo is fitted to be the basis of a discussion of the chief problems of Dogmatics not only because it furnishes, as it were, a ground-plan of Dogmatics but above all because the meaning, aim and essence of Dogmatics and the meaning, aim and essence of the Credo, if they are not identical, yet stand in the closest connection. » (Ma traduction) Ibidem, p. 1-2.
(9) Ibidem, p. 2-10.
(10) Antidote 10, op. cit.
(11) Lettre de l’apôtre Paul aux Romains, chapitre 7, verset 15.
(12) Évangile selon l’apôtre Jean, chapitre 14, verset 6.
(13) Lettre aux Hébreux, chapitre 12, verset 2.