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Le combat spirituel

Préambule – un mot de témoignage

Le combat spirituel. Qu’est-ce que cela évoque pour vous? Comment comprenez-vous l’expression?

Est-ce une image, une métaphore de la vie chrétienne? Est-ce simplement une formule tirée du jargon chrétien? Un cliché, peut-être?

Je m’aperçois que le sens que moi je lui donne est teinté – ou a été teinté – par l’expérience de diverses périodes de ma vie.

Paix et Science toute-puissante!

Le côté rationnel de mon cœur est beaucoup plus développé que le côté émotionnel.

En grandissant, la science et la connaissance sont vite devenues le système de référence par lequel j’expliquais les choses. Même les spirituelles. En fait, la Science – avec une majuscule! – est devenue dieu. Mais je ne crois pas que c’était seulement pour moi : c’était en fait une caractéristique de notre culture, une conséquence de la sécularisation de notre société. Il me semble que c’est toujours le cas de nos jours. On cherche encore à tout expliquer par la Science, du moins en Occident.

J’ai donc grandi en développant un genre de dichotomie : ce qui est spirituel et invisible n’est pas réel; ce qui est réel est visible, mesurable et explicable par la Science.

De plus, même si, enfant, j’ai joué occasionnellement « à la guerre » avec des pistolets jouets et j’ai vu des films d’action à la télé, le terme combat n’a jamais été plus qu’une image avec laquelle je gardais une certaine distance confortable. J’ai toujours été protégé de ce qui pouvait être traumatisant.

Ainsi plus tard, suite à ma conversion, parler de combat spirituel, ça voulait dire une lutte invisible, donc irréelle. C’était simplement une figure de style pour faire référence aux tracas et aux difficultés de la vie chrétienne.

Heureusement, par le renouvellement de l’intelligence que le Saint-Esprit produit sur mon cœur (1), je découvre de plus en plus que le combat spirituel, quoiqu’invisible, est bien réel.

Lutter contre soi-même

Durant les premières années de ma vie chrétienne évangélique, je fréquentais une petite église de l’aile conservatrice du spectre théologique. Pas « ultra », mais définitivement conservatrice. On insistait sur la « saine doctrine », et la lecture et l’étude des Saintes Écritures étaient au centre des activités.

Je ne regrette certainement pas ces années-là. Dieu les a utilisées pour toucher mon cœur avec ce qui me rejoignait : la connaissance. Cette connaissance de la Parole de Dieu est devenue une fondation solide pour ce que j’allais vivre par la suite. Un cadre bien tracé que l’Esprit saint utiliserait pour mes réflexions.

Dans ce contexte, je comprenais le combat spirituel essentiellement comme la lutte contre le péché et contre les désirs de la chair. Une lutte contre moi-même en quelque sorte. On insistait sur la sanctification, laquelle devait se traduire par des gestes concrets – de bonnes disciplines que l’on pratiquait et de mauvaises habitudes que l’on devait briser.

On cherchait à se séparer du « monde » et de ses influences, qui ne pouvaient être que mauvaises. Pour se protéger.

Quant à Satan et ses démons, on en reconnaissait l’existence et l’influence générale, puisque Dieu en parle dans la Bible. (2) Mais pour autant que je me souvienne, la plupart du temps, l’enseignement sur ce sujet demeurait théorique. On en parlait lorsque le passage des Écritures à l’étude le mentionnait, mais pas lorsqu’on traitait d’un thème comme la sanctification ou la vie chrétienne en générale. En fait, on voulait probablement éviter à tout prix d’engager un combat avec des esprits démoniaques.

J’ai l’impression que malgré soi, on entretenait une crainte malsaine de ces êtres célestes déchus. Comme si on laissait Hollywood, avec ses films et son sensationnalisme, définir le mode d’opération à l’égard de ces créatures. Du moins, c’était le cas pour moi.

Or, c’est un fait que le combat spirituel implique le péché et les désirs de la chair, mais le portrait est incomplet si on en reste là. Il nous faut apprendre à discerner la part que chacun de nos ennemis – la chair, le monde et Satan – prend dans le combat spirituel.

Mon aventure africaine

Vers la fin des années 1990, le Seigneur a permis que je commence à étudier puis à travailler dans un contexte multiconfessionnel et multiculturel. Cela allait me conduire jusqu’en Afrique centrale, où j’ai habité avec ma famille de 2006 à 2010. J’y travaillais avec des organisations qui traduisent la Bible dans des langues locales. Au fil de ces années, Dieu a énormément élargi mes horizons de foi, de plusieurs façons.

D’abord, j’ai été exposé à d’autres perspectives sur divers thèmes de la vie chrétienne. Certains de ces points de vue étaient très libéraux, voire carrément séculiers, mais d’autres étaient vraiment fondés sur les Écritures. Dans le cadre d’un cours d’introduction à la vie en Afrique, il y avait un volet sur le combat spirituel : on y suggérait des livres d’auteurs ayant des positions théologiques très différentes de la mienne. Certains diront que je me suis laissé « corrompre ». Je préfère dire que j’ai fait preuve de discernement, exerçant mes « facultés à distinguer ce qui est bien de ce qui est mal » (3). Au fil de ces lectures, j’ai glané de nombreuses vérités et j’ai trouvé plusieurs outils que j’ai pu ajouter à mon coffre.

De plus, le fait de me retrouver dans un environnement complètement différent a jeté un éclairage nouveau sur certains sujets, et même mis en lumière des failles dans mon édifice théologique. Par exemple, au Canada, je ne me suis jamais considéré comme « un riche », bien au contraire. Mais en Afrique centrale, j’étais entouré d’une pauvreté flagrante et ce qui constituait pour moi une nécessité de base s’avérait une richesse pour plusieurs. Certains passages des Écritures ne nous parlent plus de la même façon lorsqu’on change ainsi de camp, lorsque soudain on devient « un riche »…

Mais je crois que la chose qui a eu le plus grand impact sur moi – du moins, en ce qui touche ma vie spirituelle –, c’est la découverte de la vision du monde des religions traditionnelles africaines. (Les caractéristiques de cette vision du monde ne sont pas uniques : elles sont partagées par les religions animistes en général. Mais moi, je les ai découvertes en Afrique.) Selon cette perspective, le matériel et le spirituel, le visible et l’invisible, se confondent, ou plutôt coexistent, cohabitent dans le quotidien.

En Occident, au fil des siècles, nous avons « exorcisé » le spirituel et le surnaturel de la vie courante. Nous avons cherché à tout expliquer, tout contrôler. Or, les religions traditionnelles ont raison sur un point : le matériel et le spirituel cohabitent dans le quotidien. Nous ne devrions pas chercher à les diviser.

En conséquence, cette prise de conscience mène à une deuxième en ce qui touche le combat spirituel : la plupart du temps, ce combat se déroule dans le quotidien, dans l’ordinaire, dans les petites choses qui, mises l’une à la suite de l’autre, constituent notre vie. Nous nous plaisons à nous imaginer de grandes scènes, où anges et démons s’affrontent dans des combats apocalyptiques. Sans dire que ce genre de combats n’arrive jamais, la réalité pour nous, « simples mortels », est beaucoup plus banale, mais combien importante!

 


 

Par les billets qui suivront, je ne prétends pas présenter la « vérité définitive » sur le sujet, du style « tout ce que chaque chrétien doit savoir sur le combat spirituel ». Je ne me considère pas un expert en la matière. Plutôt, je veux simplement présenter le modèle que j’ai développé au fil des années – et que je continue à développer –, en utilisant des outils que j’ai trouvés ici et là, par la grâce de Dieu et, je l’espère, avec la direction du Saint-Esprit. Ce modèle me permet de mieux comprendre et vivre la vie chrétienne au quotidien. Je suis ouvert à la discussion, et même à la correction au besoin.

Quant à vous, mes lecteurs, votre responsabilité est de faire comme les gens de Bérée, qui « examinaient chaque jour les Écritures pour voir si ce qu’on leur disait était juste » (4), et d’être ouvert à ce que Dieu veut vous enseigner par son Esprit.

Notre Seigneur Jésus-Christ est déjà victorieux. Par sa mort expiatoire sur la croix et sa résurrection, il a désarmé l’Ennemi. Il siège déjà en toute autorité au ciel à la droite du Père et il reviendra bientôt pour établir son Règne. (5)
Puissions-nous apprendre à nous reposer dans sa victoire, et à être nous-mêmes victorieux en lui dans nos combats quotidiens.

Fraternellement en Jésus,

 

Éléazar, le moine belliqueux

 

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Tous les passages cités sont tirés de La Bible du Semeur (Colorado Springs : Biblica, 2000).

(1) Voir l’Épître de Paul aux Romains, chapitre 12, versets 1 et 2.
(2) Par exemple, Évangile selon Matthieu, chapitre 4, versets 1 à 11; chapitre 8, verset 16; Épître de Paul aux Éphésiens, chapitre 6, verset 12; Apocalypse, chapitre 12, versets 3 à 9.
(3) Épître aux Hébreux, chapitre 5, verset 14.
(4) Livre des Actes des apôtres, chapitre 17, deuxième partie du verset 11.
(5) Évangile selon Jean, chapitre 16, verset 33; chapitre 19, verset 30; Épître de Paul aux Colossiens, chapitre 2, verset 15; Évangile selon Matthieu, chapitre 28, verset 18; Apocalypse de Jean, chapitre 19, versets 11 à 16.

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