Calendrier liturgique évangélique : une introduction

Vers un calendrier liturgique évangélique

Calendrier liturgique évangélique :
une introduction

Pour plusieurs, l’idée d’un calendrier liturgique semblera très… catholique, si vous me permettez ce jeu de mots. Avec raison. En effet, cela fait des siècles que les grandes confessions – dont l’Église catholique – développent des calendriers qui régissent leurs cultes au fil des semaines. Mon idée de développer un tel calendrier, mais évangélique, s’en inspire effectivement.

À ce point-ci, certains d’entre vous ressentent peut-être un malaise… La plupart des croyants évangéliques francophones au Québec ont dû quitter l’Église catholique pour trouver le salut en Jésus-Christ. C’est mon cas. Ce faisant, nous avons balancé par-dessus bord, sans discernement, tout ce qui s’attachait de près ou de loin à cette église. Avons-nous bien fait? C’était probablement nécessaire à l’époque, considérant les circonstances.

Néanmoins maintenant, avec du recul, je m’aperçois qu’il y a dans cette confession des « outils » qui seraient peut-être utiles à ma progression dans la foi au Seigneur Jésus. Je crois que le calendrier liturgique en est un.

(Pour ceux qui se sentent encore « nerveux », je dois peut-être préciser que je n’adhère pas à la doctrine de l’Église catholique, spécialement en ce qui touche le salut. Mais il faut quand même se rappeler que cette église est une confession chrétienne. Ce n’est pas parce qu’elle s’est égarée en matière doctrinale au fil des siècles que tout ce qui est en elle est systématiquement mauvais. Et ce n’est pas parce que je m’inspire d’un élément de leur culte que je cherche à reprendre l’ensemble de leurs doctrines et pratiques.)

Ceci étant dit, commençons par un mot sur… le calendrier.

Qu’est-ce qu’un calendrier?

« Et Dieu dit : Que, dans l’étendue du ciel, il y ait des luminaires pour que l’on distingue le jour de la nuit, et pour marquer les saisons, les jours et les ans. Que, dans l’étendue du ciel, ils servent de luminaires pour illuminer la terre.
Et ce fut ainsi.
Dieu fit deux grands luminaires, le plus grand des deux afin qu’il préside au jour, et le plus petit pour présider à la nuit. Il fit aussi les étoiles. Et il les plaça dans l’étendue du ciel afin d’illuminer la terre, de présider au jour ainsi qu’à la nuit, et de séparer la lumière des ténèbres. Et Dieu vit que c’était bon. » (1)

Calendrier : Système de division du temps fondé sur des phénomènes astronomiques et adapté aux besoins de la vie sociale. (2)

De façon générale, on ne discute pas vraiment au sujet du calendrier, ou on n’y réfléchit pas. On l’utilise, c’est tout.

À l’école, on apprend à lire l’heure et à réciter les jours de la semaine et les mois de l’année. Le reste vient par expérience, au rythme de la société dans laquelle on grandit : on va à l’école du lundi au vendredi, puis il y a le weekend; l’école commence en septembre, puis il y a les vacances de Noël en décembre, puis il y a les vacances d’été en juin, puis ça recommence. Quand on vieillit, le travail remplace l’école et ça continue. Et même si notre société occidentale moderne comprend le temps de façon linéaire, comme un long ruban qui se déroule, les activités des communautés demeurent régies par des cycles. Nous vivons au rythme de ces saisons et le calendrier est un outil qui nous aide à faire le lien entre le temps qui passe et les activités que nous faisons.

La définition du dictionnaire, plus haut, dit que le calendrier est un « système […] adapté aux besoins de la vie sociale ». C’est la société où l’on vit qui détermine quels sont les fêtes célébrées et les congés mis au calendrier. Il y a quelques décennies, quand nous étions plus « religieux », les événements du calendrier comportaient une facette plus spirituelle. De nos jours, le calendrier s’est sécularisé et il semble maintenant marquer simplement une succession de congés qui brisent la routine monotone du travail, sinon une suite d’opportunités commerciales.

En tant que chrétiens, devons-nous bêtement subir la sécularisation – ou devrais-je dire la « commercialisation » – du calendrier? Devons-nous nous laisser abrutir par la succession incessante de célébrations vides de sens qu’on nous impose?

Ou y aurait-il là une occasion d’être sel de la terre et lumière du monde? (3)

D’où l’idée d’un calendrier liturgique.

Qu’est-ce qu’un calendrier liturgique?

Liturgie : Culte public et officiel institué par une Église. (4)

Prenons le calendrier liturgique de l’Église catholique comme point de départ pour cette discussion…

Dans cette église, deux cycles se superposent pour former l’année liturgique : le cycle temporal et le cycle sanctoral. (5) Ce deuxième cycle fixe les dates auxquelles on fête les saints et Marie. Par exemple, dans notre calendrier actuel, la St-Valentin (patron des amoureux; 14 février) et la St-Jean-Baptiste (patron des Canadiens français; maintenant la Fête nationale au Québec, le 24 juin) viennent de ce cycle. Quant au premier cycle, le temporal, il est organisé en diverses périodes associées aux principaux événements de la vie du Seigneur Jésus-Christ : par exemple, l’avent mène à Noël et le carême mène à Pâques.

L’Église catholique de France dit :

« L’année liturgique propose aux chrétiens de revivre l’ensemble de l’histoire du salut et de la vie du Christ, au cours d’une année. Elle reprend les événements principaux de la vie du Christ : sa naissance (Noël), sa mort et sa résurrection (Pâques), le don de l’Esprit (Pentecôte). Elle invite les chrétiens à accueillir Dieu dans leur vie et à rester tendus vers la venue du Royaume. Elle déploie sur une année, ce que nous affirmons à chaque messe : Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire. » (6)

Rester tendus vers la venue du Royaume… Proclamer la mort et la résurrection du Seigneur Jésus… Attendre sa venue dans la gloire… J’aime beaucoup ces paroles. Elles résument bien ce que devrait être le rôle du chrétien au quotidien.

Ainsi, un calendrier liturgique devient un outil qui nous permet, en tant qu’assemblées de chrétiens, de nous assurer que nous abordons les thèmes clés de notre foi au cours d’une année. Et ces thèmes clés sont définis essentiellement par la vie et l’œuvre du Seigneur Jésus-Christ : son incarnation, sa mort et sa résurrection, etc.

Et à quoi sert un calendrier liturgique?

Ici, je me permets de traduire un extrait intéressant d’un article de l’Encyclopédie biblique Baker :

« Un festival souligne fortement la participation de la communauté et la continuité de la tradition sociale ou religieuse, et ce spécialement lorsque les célébrations sont des éléments d’un calendrier civil ou religieux. Sans le soutien de la communauté, même dans une célébration familiale, aucune fête ne peut être un succès. Quand il y a participation de la collectivité, le festival renforce le souvenir individuel et communautaire d’occasions précises, et perpétue cette mémoire collective pour des années et des générations. De tels souvenirs partagés ont un effet cohésif sur la communauté participante, petite ou grande, et servent à établir des traditions selon lesquelles le groupe vit. Si le festival commémore un événement particulier ou célèbre quelque noble idéal, ce thème devient incorporé de plus en plus fermement dans la pensée des participants en étant associé répétitivement avec le rite ou la cérémonie pratiquée. Les fêtes des anciens Hébreux avaient cette fonction positive. Les grands festivals de leur calendrier religieux commémoraient des occasions précises où Dieu était intervenu avec puissance en faveur de son peuple ou l’avait rencontré dans leur détresse. En célébrant ces fêtes sur une base régulière, les Hébreux gardaient bien à l’avant de leur pensée la puissance et la grandeur de leur Dieu qui avait fait alliance avec eux et qui dirigeait leur destinée. La revue répétée de l’amour de Dieu et de son aide pour eux leur rappelait qu’il était toujours capable de les soutenir. Spécialement dans les moments difficiles, cela pointait à la réalité de la présence de Dieu et de son activité parmi eux. La foi soutenue par ce moyen fournissait une dimension spirituelle précieuse à la vie de la nation et donnait un sens de continuité sous la provision et la direction divine. C’est seulement lorsque des éléments païens ou corrompus ont été introduits dans les occasions festives que cet ingrédient important de la vie nationale a commencé à perdre de sa vitalité. » (7)

Ainsi, un calendrier liturgique sert à produire la cohésion au sein d’une communauté de foi, en mettant l’accent sur certains thèmes qui sont incorporés de plus en plus au fil des années dans la mémoire collective et individuelle.

En tant que communauté chrétienne, n’avons-nous pas certains thèmes clés que nous aimerions voir intégrés à notre mémoire collective et individuelle? Je crois bien que oui…

Vers un calendrier liturgique évangélique

Voilà d’où vient l’idée de développer un calendrier liturgique évangélique pour nos églises. Car je vous avoue que je trouve que nous sommes inconséquents et parfois bien négligents dans notre choix de thèmes pour nos cultes au fil de l’année. Malheur à nous si nous oublions la fête des Mères, mais nous n’avons aucun problème à laisser l’église fermée le jour de Noël. Il est difficile de passer à côté de Pâques (car c’est un dimanche), mais qui célèbre la Pentecôte? La St-Valentin est certainement beaucoup plus populaire… Quelle cohésion cela donne-t-il à la foi des membres de nos assemblées?

Personnellement, s’il n’y avait qu’un seul thème à voir gravé sur le cœur de chaque croyant, je choisirais l’espérance du retour du Seigneur Jésus-Christ.

Car faut-il rappeler que « nous sommes sauvés, mais c’est en espérance » : avec le reste de la création, nous aspirons à être délivrés « de la puissance de corruption qui [nous] asservit pour accéder à la liberté [que nous connaitrons] dans la gloire ». (8)

L’apôtre Jean l’a dit ainsi :

« Bien-aimés, maintenant nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons ne s’est pas encore manifesté; mais nous savons que, quel que soit le moment de sa manifestation, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est. Quiconque a cette espérance en lui se purifie, comme lui est pur. » (9)

L’espérance du retour du Seigneur produit donc la sainteté, le désir de vivre droitement devant Dieu.

« En effet, la grâce de Dieu s’est révélée comme une source de salut pour tous les hommes. Elle nous éduque et nous amène à nous détourner de tout mépris de Dieu et à rejeter les passions des gens de ce monde. Ainsi nous pourrons mener, dans le temps présent, une vie équilibrée, juste et pleine de respect pour Dieu, en attendant que se réalise notre bienheureuse espérance : la révélation de la gloire de Jésus-Christ, notre grand Dieu et Sauveur. Il s’est livré lui-même en rançon pour nous, afin de nous délivrer de l’injustice sous toutes ses formes et de faire de nous, en nous purifiant ainsi, un peuple qui lui appartienne et qui mette toute son ardeur à accomplir des œuvres bonnes. » (10)

Cette espérance est « comme l’ancre de notre vie, sure et solide » : elle est fixée dans le lieu très saint, là où Christ lui-même est entré pour offrir à Dieu son propre sang en sacrifice pour notre pardon. (11)

J’ai besoin qu’on me dise régulièrement que Jésus revient. J’ai besoin qu’on attise mon espérance en sa venue. J’ai besoin que ma communauté de foi me rappelle qu’il vient bientôt, pour m’encourager à persévérer dans ces bonnes œuvres que Dieu a mises devant moi. Sinon, à quoi bon continuer?… Comme le dit l’apôtre Paul, si c’est pour cette vie seule que nous espérons en Jésus, nous sommes les plus à plaindre des gens! (12)

Bon… je suis réaliste : je ne m’attends pas à ce que d’emblée, les églises évangéliques transforment leurs façons de faire et adoptent un calendrier liturgique parce que je lance l’idée. Je me contenterai, pour ma part, d’essayer de développer l’idée sur ce blogue au fil des mois et des années. On verra bien où ça me mènera…

Et entre-temps, maranatha! Viens, Seigneur Jésus!

Éléazar, le moine belliqueux

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Tous les passages cités sont tirés de La Bible du Semeur (Colorado Springs : Biblica, 2000).

(1) Livre de la Genèse, chapitre 1, versets 14 à 18; gras-italique ajouté.

(2) Dictionnaire électronique Antidote 8 (Montréal, Canada : Druide Informatique, 2015).

(3) Voir l’Évangile selon Matthieu, chapitre 5, versets 13 à 16.

(4) Dictionnaire électronique Antidote 8.

(5) Wikipédia – Calendrier liturgique romain.

(6) Église catholique de France.

(7) « A festival places great emphasis on community participation and on the continuity of social or religious tradition, especially where the celebrations are elements of a regular civil or religious calendar. Without community backing, even in a family celebration, no festival can be successful. When there is communal participation, a festival can reinforce the individual and community memory of specific occasions, and can perpetuate that store of recollection over years and generations. Such shared memory has a cohesive effect upon a cooperating community, large or small, and serves to establish the traditions by which the group lives. If the festival commemorates a particular event or celebrates some lofty ideal, that theme becomes more firmly embedded in the minds of the participants by being associated repeatedly with the rites and ceremonies performed. The feasts of the ancient Hebrews had this positive function. The great festivals of their religious calendar commemorated specific occasions when God had reached out in power to intervene for his people or had provided for them in their distress. By celebrating these feasts on a regular basis, the Hebrews were keeping at the forefront of their minds the power and greatness of their covenant God in directing their destiny. Their repeated rehearsal of God’s help and love for them reminded them that he was still able to sustain them. Especially in times of hardship, it pointed to the reality of God’s presence and activity among them. Faith sustained by this means furnished an invaluable spiritual dimension to the life of the nation and provided a sense of continuity under divine provision and guidance. Only when corrupt or pagan elements were introduced into festive occasions did this important ingredient of national life begin to lose its vitality. » R.K. Harrison, Feasts and Festivals of Israel, dans Baker Encyclopedia of the Bible, édité par Walter A. Elwell et Barry J. Beitzel, (Grand Rapids, MI : Baker Book House, 1988), p. 783–784; gras-italique ajouté.

(8) Épître de Paul aux Romains, chapitre 8, verset 24 (voir versets 19 à 25).

(9) Première épître de Jean, chapitre 3, versets 2 et 3.

(10) Épître de Paul à Tite, chapitre 2, versets 11 à 14.

(11) Épître aux Hébreux, chapitre 6, verset 19 et suivants.

(12) Première épître de Paul aux Corinthiens, chapitre 15, verset 19.