Soyez bénis! Oui, soyez bénies!

Edmond-Joseph Massicotte, « La bénédiction du Jour de l’an », 1912. (Bibliothèques et archives Canada/MIKAN 2895477)
Edmond-Joseph Massicotte, « La bénédiction du Jour de l’an », 1912.
(Bibliothèques et archives Canada/MIKAN 2895477)

Soyez bénis! Oui, soyez bénies!

Il y a plusieurs décennies, le Jour de l’an donnait lieu à une tradition particulière : la bénédiction paternelle. Tous les enfants et petits-enfants s’agenouillaient au pied du père de famille et celui-ci, selon l’inspiration du moment, appelait la santé, le succès et la prospérité sur sa progéniture.

C’est une tradition perdue, à notre grand malheur selon moi…

On n’entend plus vraiment de bénédictions de nos jours, je parle de vraies bénédictions. En fait, dans les rues, on entend les gens maudire et blasphémer pour tout et pour rien. Mais on n’entend pratiquement jamais les gens bénir.

Même dans les églises. Les confessions qui ont une liturgie bien déterminée ont une formule de bénédiction pour conclure leurs réunions, mais cette bénédiction est froide, rigide, presque vide. Dans d’autres églises, certains vont lancer des « soyez bénis! » à gauche et à droite, comme mot de bienvenue ou comme salutation, mais cette formule passive ne révèle jamais le contenu de la bénédiction voulue.

Non, on entend rarement des bénédictions, même dans les églises évangéliques. Spécialement dans les églises évangéliques francophones, je crois.

C’est triste… Car en fait, il me semble que c’est une responsabilité du chrétien que de pratiquer la bénédiction, que de bénir.

Quelques exemples de la Bible

Dans l’Ancien Testament, Melchisédek a béni Abram lorsque celui-ci est revenu de son combat armé contre quatre rois pour libérer son neveu Loth. (1)

« Que le Dieu Très-Haut qui a formé le ciel et la terre bénisse Abram, et béni soit le Dieu Très-Haut qui t’a donné la victoire sur tes ennemis! »

Mots simples, mais prononcés avec autorité. Et ils deviennent la fondation sur laquelle l’Éternel fera alliance avec Abram. En effet, Dieu lui dit ensuite : « Ne crains rien, Abram, […] je suis ton protecteur, ta récompense sera très grande. » (2)

Puis les bénédictions se succèdent : Isaac bénit Jacob (en pensant bénir son fils ainé Ésaü!); à sa mort, Jacob bénit ses douze fils; plus tard, Moïse bénit les douze tribus d’Israël; et ainsi de suite. (3)

Dans le Nouveau Testament, l’apôtre Paul bénit ses lecteurs à la fin de ses épîtres, et ses prières d’actions de grâce sont souvent des bénédictions. Par exemple, il dit aux Éphésiens :

« Pour toutes ces raisons, moi aussi, après avoir entendu parler de votre foi au Seigneur Jésus et de votre amour pour tous ceux qui appartiennent à Dieu, je ne cesse de dire ma reconnaissance à Dieu à votre sujet quand je fais mention de vous dans mes prières. Je demande que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père qui possède la gloire, vous donne, par son Esprit, sagesse et révélation, pour que vous le connaissiez; qu’il illumine ainsi votre intelligence afin que vous compreniez en quoi consiste l’espérance à laquelle vous avez été appelés, quelle est la glorieuse richesse de l’héritage que Dieu vous fait partager avec tous ceux qui lui appartiennent, et quelle est l’extraordinaire grandeur de la puissance qu’il met en œuvre en notre faveur, à nous qui plaçons notre confiance en lui. » (4)

Mots profonds, et encore une fois prononcés avec autorité.

(Mais j’y pense… Le contenu des bénédictions semble refléter la connaissance qu’on a de Dieu, de sa personne et de son œuvre. Se pourrait-il que nous ne bénissions plus de nos jours simplement parce que nous ne connaissons plus Dieu?)

Définissons la bénédiction

En cherchant le mot bénédiction dans mon dictionnaire électronique, il me dit :

« Formule qui marque l’adhésion [c’est-à-dire, l’accord, l’assentiment, l’approbation], par laquelle on souhaite bonheur et prospérité. Un père qui donne sa bénédiction à sa fille. Partir avec sa bénédiction. » (5)

Cette définition ne nous aide pas beaucoup, elle manque de profondeur. En fait, elle ne fait que refléter ce que la bénédiction représente dans la tête de la plupart des gens de nos jours : un vœu, un souhait, sans grande portée ou effet.

Le Grand dictionnaire de la Bible nous donne des éléments plus prometteurs. Il dit :

« Il est difficile de définir précisément ce qu’est une parole de bénédiction au sens fort. Elle n’est pas une simple constatation, même si elle prend acte avec joie de l’œuvre accomplie par Dieu dans la vie ou en faveur d’une personne, ou par l’intermédiaire de cette personne [...]; elle n’est pas un simple vœu, même si elle anticipe l’œuvre potentielle de la grâce de Dieu. Parole d’émerveillement et d’espérance, nourrie de la foi en un Dieu puissant et généreux, elle semble être aussi, pour utiliser le langage de la linguistique moderne, une parole performative, c.-à-d. un “acte de parole” efficace, positif, apparemment suivi d’effets heureux, posé par une personne revêtue de l’autorité nécessaire [...], dans le cadre relationnel approprié. » (6)

« Une parole performative… posé[e] par une personne revêtue de l’autorité nécessaire... dans le cadre relationnel approprié. » J’aime beaucoup cette définition.

Une parole performative

Ou un « acte de parole », c’est-à-dire une parole qui agit, qui produit quelque chose…

Dieu, dans sa toute-puissance, est le spécialiste des actes de parole! Les premiers chapitres de la Genèse nous le montrent à l’œuvre d’une façon toute particulière :

  • Il appelle les choses à l’existence : « Que la lumière soit! » Et la lumière est… « Qu’il y ait une étendue… Que les eaux se rassemblent… Que la terre se couvre de verdure… Que la terre produise des êtres vivants... » Et toutes ces choses viennent à l’existence. (7)
  • Il nomme ses créations : il appelle la lumière « jour », l’étendue « ciel », l’amas des eaux « mer ». Et c’est bon! (8)
  • Il bénit ses créatures et leur donne des instructions. (9)
  • Il ordonne et prononce des jugements. (10)

Il est intéressant de voir l’homme suivre l’exemple de son Créateur, revêtu de l’autorité qu’il lui a déléguée : Adam nomme les animaux, puis sa femme; Ève nomme ses fils; Lémek prononce un jugement; et ainsi de suite. (11)

(Une idée : Ces « actes de parole » ne seraient-ils pas une facette de l’image de Dieu dans l’homme? À développer...)

Posée par une personne revêtue de l’autorité nécessaire

Pour bénir, une certaine hiérarchie est impliquée, de même qu’un certain pouvoir. En principe, « c’est l’inférieur qui est béni par le supérieur », nous rappelle l’auteur de l’Épître aux Hébreux. (12)

L’autorité est une notion qui est de moins en moins populaire de nos jours, il semble. D’un côté, on n’aime pas l’idée d’avoir à se soumettre à quelqu’un, et de l’autre, on oublie qu’avoir de l’autorité implique avoir des responsabilités. Mais bon…

Néanmoins, toute société fonctionne sur la base d’une certaine organisation, quelle qu’elle soit. De ce fait, une certaine autorité provient du statut humain, par exemple, en tant que chef de famille, chef d’église, chef d’État, et ainsi de suite. Un policier, un juge ou un ministre reçoit une autorité – avec des responsabilités – au sein de la communauté qui le nomme à ce poste. Personnellement, je n’ai pas de tel poste, mais je suis mari de mon épouse, père de mes fils, habitant de mon quartier, employé de mes patrons, membre de mon église locale… Ce sont ces relations qui déterminent ma position dans la société et, par conséquent, l’autorité – et les responsabilités – que j’ai.

Mais aussi, une certaine autre autorité provient de l’intimité personnelle avec Dieu, au moyen de son Esprit. Quelle que soit sa position sociale, tout croyant et toute croyante possèdent une autorité spirituelle du simple fait qu’il ou elle est enfant de Dieu. Jésus lui-même n’avait pas de statut social au sein de la société de son époque : il était le fils du charpentier de Nazareth, ou même pire, le fils illégitime (aux yeux des hommes) d’une jeune fille mère de Bethléem. Pourtant, son intimité avec le Père céleste était parfaite de sorte « qu’il parlait avec une autorité que n’avaient pas les spécialistes de la Loi » (13). Après sa mort et sa résurrection, il a reçu toute autorité du Père et il a délégué cette autorité à ses disciples; ainsi, quoi que ce soit que nous demandions en son nom, il le fera. (14)

Nous tirons donc notre autorité pour bénir de notre position dans la société, mais surtout de notre intimité spirituelle avec Dieu.

Dans le cadre relationnel approprié

La bénédiction, c’est une question de relations!

Déjà sur le plan social, on définit notre position ou notre statut en fonction des liens que l’on entretient au sein de la société. En ajoutant la dimension spirituelle, on s’aperçoit que le Royaume de Dieu est un réseau de relations personnelles.

Selon les paroles mêmes du Seigneur Jésus, le deuxième plus grand commandement – qui est semblable au premier! – c’est d’aimer son prochain comme soi-même. La règle d’or est de faire pour les autres ce qu’on aimerait qu’ils fassent pour soi. Et le Nouveau Testament déborde d’exhortations à faire « les uns aux autres », en commençant par s’aimer les uns les autres comme Jésus a aimé ses disciples. (15) Ce sont les gens qui sont importants.

Le Royaume de Dieu, c’est donc une affaire de relations personnelles, pas virtuelles. Et la bénédiction est un outil spirituel pour affermir ces relations, pour affermir nos relations.

Une tradition à retrouver…
ou une bonne habitude à prendre!

L’apôtre Paul exhorte les croyants en disant : « Demandez à Dieu de faire du bien à ceux qui vous persécutent : oui, demandez du bien pour eux, ne demandez pas du mal! » (16) Faire du bien aux autres. Bénir. Car en fait, le chrétien est un agent de grâce dans un monde déchu, pour l’avancement du Royaume de Dieu.

C’est pourquoi nous devons bénir… Bénissons!…

De façon pratique…

Voici des petites choses pratiques que j’essaie de faire pour être cet agent de grâce là où je suis et pour bénir :

  • J’essaie d’être intentionnel avec mes salutations, car en fait, les salutations sont une forme de bénédictions. Alors quand je dis « salut » à quelqu’un, dans mon cœur je dis : « Que Dieu te fasse connaître son salut! » ou « Que le Seigneur réalise son salut dans ta vie! » Ou quand je souhaite une bonne journée à un autre, j’essaie de dire explicitement : « Que Dieu te donne une bonne journée! »
  • Dans mes conversations avec les gens, j’invoque sur eux des vertus ou des grâces qui sont les contreparties positives de ce qu’ils vivent. Par exemple, lorsque quelqu’un me parle de ses inquiétudes, j’invoque la paix de Dieu sur lui : « Que Dieu garde ton cœur en paix quand tu réfléchis à tout ça! »; ou lorsqu’on mentionne du découragement, ou de la confusion, ou de la tristesse, je dis : « Que le Seigneur te fortifie et te donne le courage de persévérer! » ou « Que le Saint-Esprit t’éclaire et te donne le discernement face à cette situation! » Et ainsi de suite.
  • Je reprends des versets des Écritures et je les personnalise à une situation. Par exemple :

En cette année 2017,
que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ vous donne par son Esprit,
sagesse et révélation, pour que vous le connaissiez;
qu’il illumine ainsi votre intelligence afin que vous compreniez
en quoi consiste l’espérance à laquelle vous avez été appelés,
quelle est la glorieuse richesse de l’héritage que Dieu vous fait partager
avec tous ceux qui lui appartiennent,
et quelle est l’extraordinaire grandeur de la puissance
qu’il met en œuvre en notre faveur,
à nous qui plaçons notre confiance en lui.
(D’après Éphésiens 1.16-19, cité précédemment)

Bonne année 2017!

Éléazar, le moine belliqueux


Tous les passages cités sont tirés de La Bible du Semeur (Colorado Springs : Biblica, 2000).
(1) Livre de la Genèse, chapitre 14; citation des versets 19b et 20a.
(2) Chapitre 15, verset 1b.
(3) Respectivement, chapitre 27, versets 27 à 29; chapitre 49; livre du Deutéronome, chapitre 33.
(4) Épître de Paul aux Éphésiens, chapitre 1, versets 15 à 19a.
(5) Dictionnaire électronique Antidote 8 (Montréal, Canada : Druide Informatique, 2015).
(6) Le Grand dictionnaire de la Bible (Charols, France : Éditions Excelsis, 2010); gras italique ajouté.
(7) Livre de la Genèse, chapitre 1, versets 3, 6, 9, 11, 24.
(8) Versets 5, 8, 10.
(9) Versets 22, 28, 29.
(10) Chapitre 2, verset 16; chapitre 3, versets 14 à 18; chapitre 4, verset 15.
(11) Respectivement chapitre 2, versets 19 et 20; puis verset 23 (aussi chapitre 3, verset 20); chapitre 4, versets 1 et 25; chapitre 4, versets 23 et 24.
(12) Épître aux Hébreux, chapitre 7, verset 7.
(13) Évangile selon Marc, chapitre 1, verset 22.
(14) Évangile selon Matthieu, chapitre 28, versets 18 à 20; Évangile selon Jean, chapitre 14, versets 13 et 14.
(15) Respectivement Évangile selon Matthieu, chapitre 22, verset 38; chapitre 7, verset 12; Évangile selon Jean, chapitre 13, versets 34 et 35.
(16) Épître de Paul aux Romains, chapitre 12, versets 14.

 

page d'introduction

calendrier liturgique

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *